Par Feriel Nourine
En plus de ses fonds propres dans lesquels elles puisent des montants conséquents, Sonatrach fait du partenariat étranger une piste privilégiée pour le renforcement de ses investissements au profit du secteur des hydrocarbures en Algérie. Lequel jouit de réserves de pétrole et de gaz que la nouvelle loi sur les hydrocarbures a rendues nettement plus accessibles aux investissements étrangers à travers les avantages qu’elle accorde aux entreprises étrangères, dans le cadre d’un régime contractuel plus flexible et un régime fiscal plus favorable.
Après le retard qui a marqué la mise en application de cette loi adoptée fin 2019, les premiers contrats ont été signés, permettant d’offrir des fonds étrangers pour l’exploration et la production, ainsi que pour le renouvellement des réserves existantes.
En effet, «Sonatrach a signé, dans le cadre de la nouvelle loi 19-13 sur les hydrocarbures, trois contrats de partage de production. Le premier avec Eni, fin 2021, le second avec Sinopec en mai 2022 et le dernier avec un consortium d’Occidental, Eni et TotalEnergies en juillet 2022», a rappelé le Pdg de la compagnie nationale d’hydrocarbures, Toufik Hekkar, dans une interview accordée à la publication spécialisée dans les questions énergétiques «MEES» (Middle East Economic Survey).
M. Hekkar n’a pas manqué de mettre en évidence l’apport de ces contrats à travers lesquels Sonatrach «prévoit de mobiliser près de 6 milliards de dollars pour continuer à développer des gisements en améliorant la récupération du pétrole brut, des condensats, du GPL et du gaz naturel et en prolongeant la durée de vie de ces gisements», a-t-il souligné, avant de mettre en avant, de nouveau, l’impact positif de la nouvelle loi sur les hydrocarbures dans le milieu des compagnies étrangères. «Ces contrats attestent de l’attractivité de la loi 19-13 sur les hydrocarbures et des efforts déployés par l’Algérie pour améliorer le climat des affaires qui devrait inciter les firmes étrangères à investir davantage», s’est réjoui le premier responsable du groupe énergétique national qui mise sur de nouveaux contrats en 2023.
Dans cette perspective, «Sonatrach discute du potentiel de nouveaux projets d’exploration et de développement avec des partenaires intéressés qui opèrent en Algérie ainsi qu’avec d’autres sociétés intéressées par des partenariats. Nous espérons signer de nouveaux contrats en 2023», a ajouté l’intervenant. Des objectifs qui devraient profiter d’une conjoncture énergétique mondiale en besoin de renforcement de la production, notamment en gaz naturel, donc résolument exigeante en matière d’investissements en provenance des compagnies du secteur.
A une question sur l’appel d’offres que l’Algérie s’apprête à lancer, normalement en ce début d’année, M. Hekkar répondra que «certains blocs opérés par Sonatrach qui sont en phase d’exploration intéressent de nombreuses sociétés étrangères qui ont exprimé leur intérêt à s’associer à Sonatrach et à partager les risques et les bénéfices». Ces entreprises ont «également manifesté leur intérêt pour d’autres superficies adjacentes non contractuelles ainsi que pour de nouveaux types de contrats. L’intérêt de ces entreprises sera certainement pris en compte par l’Alnaft lors de la préparation du prochain appel d’offres», a-t-il poursuivi.
Cet appel d’offres sera le premier à être lancé par l’Algérie depuis 2014. En novembre dernier, le responsable d’octroi au niveau d’Alnaft avait indiqué que cette offre pourrait concerner entre 10 et 12 blocs. «Nous avons en tête d’offrir environ 10-12 blocs… nous préparons le dossier technique en ce moment», avait-il fait savoir.
Le Pdg de Sonatrach est, par ailleurs, revenu sur les objectifs de son groupe en matière de développement de la pétrochimie.
Après avoir mis en évidence les capacités de l’Algérie dans le traitement des hydrocarbures, il a précisé que cet acquis permet à Sonatrach de «se positionner comme un leader sur le marché méditerranéen et comme un acteur majeur sur le marché européen». Une position que «nous entendons protéger et consolider au cours des prochaines années», a-t-il ajouté, citant, en ce sens, une série de projet lancés en vue de «maintenir et réhabiliter les capacités actuelles et aussi pour développer de nouvelles capacités de traitement», a-t-il indiqué.
«Pour atteindre cet objectif, Sonatrach a consacré environ 20% de son investissement global pour les cinq prochaines années aux activités de transformation. Les projets lancés seront portés par Sonatrach elle-même et en partenariat et porteront sur les activités de raffinage, de GNL et de pétrochimie», a encore fait savoir l’intervenant, soulignant que «ces projets visent à répondre à la demande intérieure en produits raffinés et pétrochimiques, à réduire les importations, à exporter les excédents vers les marchés mondiaux, à encourager le développement local des petites et moyennes entreprises et en même temps à créer des opportunités d’emplois directs et indirects».
Sur le cas précis du projet pétrochimique d’Arzew en partenariat avec TotalEnergies, l’interviewé dira qu’il avance et qu’il «est actuellement en phase de sélection de l’entrepreneur» La décision finale d’investissement (FID) est prévue pour ce début 2023, a-t-il confirmé.
Pour rappel, le projet de pétrochimie entre Sonatrach et Total Energies en Algérie porte sur une grande usine de polypropylène, qui sera implantée à côté de la zone industrielle d’Arzew. C’est le premier projet du genre, dont la convention entre la compagnie nationale d’hydrocarbures et le groupe français a été signée en janvier 2018. Sa réception avait été annoncée pour 2025. <