Les profits du groupe Sonatrach ne s’annoncent pas meilleurs que ceux du précédent exercice, marqués par un impact violent de la pandémie. La suite s’annonce incertaine pour le reste de l’exercice, tant il est vrai que le marché pétrolier continue à être enveloppé d’une grisaille dont on ne voit pas encore le bout.

Par Hakim Ould Mohamed
Le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, a indiqué, hier, que le groupe pétrolier public Sonatrach a réalisé un chiffre d’affaires de 6,8 milliards de dollars lors du premier semestre 2021. De prime abord, les profits restent en deçà des attentes et le chiffre d’affaires ne semble pas être meilleur que celui enregistré à la même période de 2020, durant laquelle les cours du brut avaient chuté à 17 dollars le baril à la mi-avril. Le groupe Sonatrach «a pu réaliser un chiffre d’affaires de 6,8 milliards de dollars durant le premier semestre de l’année en cours avec une production de l’ordre de 46,7 millions tonnes équivalent pétrole (TEP) dont 24 millions tonnes destinées à l’export, alors que le reste est dédié à la consommation locale», a détaillé le ministre de l’Energie et des Mines qui s’exprimait sur les ondes de la chaine 1 de Radio nationale. Dans ces réalisations semestrielles, le ministre y voit un indice «positif» qui encourage à la réalisation des objectifs tracés jusqu’à la fin de l’année au vu de la reprise «timide» enregistrée durant la même période de l’année dernière. Comparés à ceux de l’année dernière, les indicateurs du premier trimestre lèvent le voile néanmoins sur une tendance baissière en matière de production.
En effet, sur l’ensemble du précédent exercice, la production primaire d’hydrocarbures de la compagnie nationale Sonatrach a été de 176 millions de tonnes d’équivalent pétrole (TEP), soit le triple de ce qui a été produit durant les six premiers mois de l’année en cours. Selon les données annuelles communiquées récemment par le PDG du groupe Sonatrach, la compagnie a livré un volume de 60 millions de TEP sur le marché national durant l’année 2020, un niveau similaire à celui de l’année 2019.
Les exportations d’hydrocarbures ont atteint, quant à eux, 81 millions de TEP, correspondant à un chiffre d’affaires de 20,2 milliards de dollars. Ainsi, les chiffres fournis par le ministre de l’Energie et des Mines s’annoncent en baisse par rapport aux données fournies par le patron de Sonatrach.

Plaidoyer en faveur de la rationalisation d’énergie
Par ailleurs, Mohamed Arkab a souligné à la même occasion la nécessité d’accorder davantage d’intérêt à la consommation locale du gaz qui ne cesse de croître afin de la maîtriser à travers la mise en place de plusieurs programmes et la diversification de l’utilisation et de la rationalisation de l’énergie. L’évolution de la consommation interne des produits énergétiques, le gaz naturel, particulièrement, constitue, en effet, un facteur d’anxiété pour les pouvoirs publics, d’autant plus que les projections à l’horizon 2030 agitent le spectre d’une baisse sensible des volumes dédiés à l’exportation au profit de la couverture des besoins domestiques. Le groupe Sonelgaz table sur une consommation de l’ordre de 47 milliards de mètres cubes en 2023 et de 75 milliards de mètres cubes en 2030 de gaz naturel. Clairement, l’évolution de la consommation interne par rapport à celle des réserves et de la production à long terme constitue, de l’avis des spécialistes, un paramètre de vulnérabilité. D’autant plus que les ménages accaparent plus d’un tiers de la consommation finale de gaz naturel, ce qui accrédite l’idée selon laquelle aucune valeur ajoutée n’est tirée de la consommation de la moitié du gaz naturel destiné au marché national. Cette situation met le gouvernement devant un sérieux dilemme ; celui de réduire la cadence de la consommation interne en orientant les usages des produits énergétiques vers les secteurs produisant de la valeur ajoutée. Or, le nouveau programme destiné à accroître la couverture des besoins des ménages en électricité et gaz, tout comme celui devant augmenter le nombre de stations de dessalement, pourrait donner un coup d’accélérateur au taux de consommation interne des produits énergétiques. Le salut viendra, en partie, de la hausse de la production, mais aussi de la diversification des sources d’énergie en investissant concrètement et essentiellement dans les énergies renouvelables.