Le délai de la production du vaccin russe Spoutnik V en Algérie qui avait été estimé à trois mois par des professionnels de la santé vient de changer. Il est désormais fixé entre «six à sept mois», selon l’annonce faite par le Chef de l’Etat.

«Le vaccin russe anti-Covid-19 Spoutnik V sera fabriqué en Algérie dans six à sept mois», a déclaré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, dans un discours à la Nation jeudi dernier, après avoir évoqué la situation sanitaire du pays suite à la propagation de la pandémie du nouveau coronavirus. «Il existe bien évidemment des sceptiques, mais nous avons convenu avec nos amis russes de fabriquer ce vaccin», a soutenu le Président de la République, rappelant que la fabrication de vaccins en Algérie «n’est pas chose nouvelle». «Il est vrai qu’il s’agit d’un vaccin spécial, mais il existe différentes formules pour sa production, parmi lesquelles la fabrication à partir de la matière première… L’essentiel pour nous, c’est que d’ici six à sept mois nous aurons commencé à le produire», a-t-il ajouté.
Cette nouvelle échéance vient après les précédentes déclarations faisant état de la production du vaccin russe dans un délai de trois mois et qu’aussi bien le groupe pharmaceutique public Saïdal que le laboratoire privé algérien Frater Razes pourraient être de la partie. En effet, le ministre délégué chargé de de l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benhahmed, avait indiqué, au début du mois courant, que le laboratoire privé algérien Frater Razes était en discussions avec un opérateur russe pour la production du vaccin Spoutnik V en Algérie et que le dossier technique avait été transmis à l’Agence nationale de produits pharmaceutique (ANPP) depuis un mois et demi. «La production peut débuter deux mois après la réception de la matière première destinée à la production de l’antidote et les analyses spécifiques au vaccin», avait ajouté Lotfi Benbahmed. Intervenant sur le même sujet, le directeur général de l’ANPP, Kamel Mansouri, avait confirmé les déclarations de Lotfi Benbahmed, précisant que les discussions sont «bien avancées entre un laboratoire privé algérien (sans le citer) et Saïdal et le laboratoire russe pour fabriquer localement ce vaccin».
La donne a changé quelques jours plus tard, la deuxième semaine de février, et le choix a été porté exclusivement sur le groupe Saïdal pour produire le vaccin localement, balayant ainsi «l’hésitation» selon laquelle Saidal pourrait être accompagné par un privé algérien dans sa coopération avec le Fonds d’investissement direct russe (RDIF, fonds souverain), qui a financé la recherche et le développement du vaccin Spoutnik V au profit du Centre national russe d’épidémiologie et de microbiologie Gamaleya. «Au sein du gouvernement, nous avons pris la décision que le transfert de technologie avec la partie russe devrait être dirigé exclusivement au profit du groupe Saïdal», a déclaré Lotfi Benbahmed, qui a expliqué ce choix par le fait que Saïdal est «une entreprise pharmaceutique pionnière dans l’histoire de l’industrie pharmaceutique en Algérie et capable de relever le défi» étant donné qu’elle «dispose aussi bien des compétences humaines que des autres moyens nécessaires».
Ainsi, l’hésitation de la coopération du laboratoire privé étant désormais évacuée, les chargés du projet savent maintenant qu’ils ont un délai de six à sept mois pour faire aboutir le projet et commencer la production du vaccin Spoutnik V. Un délai qui a, d’ailleurs, été évoqué par le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, la semaine dernière, lors la journée parlementaire au Conseil de la nation ayant porté sur «la pandémie Covid-19 et la vaccination», affirmant qu’«il faut compter au moins six mois pour mettre sur pied une unité de production du vaccin».
Dans ce cadre, le directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, le professeur Kamel Sanhadji, qui a estimé que le projet de fabrication de l’antidote russe en Algérie est «une démarche positive et possible», s’est déjà rendu à Constantine pour visiter les sites pouvant être choisis pour le projet. Il n’est, par ailleurs, pas exclu qu’il puisse se rendre sur d’autres sites avant le choix final, selon ses déclarations faites sur la Radio nationale.
Les chargés du projet ont donc moins d’une année pour commencer à produire l’anti-Covid-19 russe. Un délai qui s’apparente, selon les observateurs, à une sorte de «pression du Chef de l’Etat», d’autant plus que «le contexte actuel invite à faire vite et à respecter les délais». Il s’agit, bien sûr, d’«un contexte sanitaire avant tout mais politique aussi», estime-t-on. Il convient de rappeler, dans ce sens, le délai qu’avait donné le Chef de l’Etat pour le «début de la vaccination en janvier» et la pression que cela a pu avoir sur l’équipe chargé du dossier qui a dû mettre les bouchées double pour pouvoir être au rendez-vous, finalement, le 30 janvier.
C’est que la situation telle qu’elle se présente au niveau mondial, caractérisée par une très forte tension sur les anti-Covid-19, incite les pays qui ont la possibilité de produire un vaccin de le faire. C’est également l’avis du Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre de Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus qui a déclaré à ce propos : «La production du vaccin contre le Covid-19 est à même de nous garantir la vaccination de 60 à 70% de la population, comme elle pourrait nous permettre la production d’autres vaccins pour faire face à l’importation et à la domination les laboratoires». Selon Lotfi Benbahmed, il existe «quatre phases dans la production du vaccin, deux peuvent être réalisées localement, tandis que les deux autres sont en amont et concernent la biotechnologie et la Russie est disposée à nous fournir cette technologie dans ce projet». Quoi qu’il en soit, la décision officielle politique est prise et les chargés du projet doivent l’avoir finalisé dans un délai ne devant pas excéder sept mois.