Par Feriel Nourine
En abaissant de nouveau ses prévisions pour la croissance économique mondiale et la demande pétrolière, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a suscité certaines interrogations chez les analystes du marché. Ces derniers semblent vouloir repartir en campagne de pressions sur l’Opep en considérant que son dernier rapport, publié la semaine dernière, pourrait être annonciateur d’un retour aux restrictions chez l’Opep.
Pourtant, dans son document, l’organisation ne fait que prévoir une croissance en recul pour l’économie mondiale, et donc systématiquement pour la demande de brut, en 2022.
Contrairement à l’Agence internationale de l’énergie, qui annonce un relèvement de sa prévision de demande pour cette année, l’Opep s’attend à ce que l’économie mondiale enregistre, en 2022, une croissance de 3,1%, contre 3,5% qu’elle avait prévus au cours des mois précédents. Pour la demande en brut, elle prévoit une croissance de 100 millions de barils par jour contre 100,3 mbj prévus dans ses rapports des derniers mois. Un abaissement des prévisions qu’elle justifie par «les anticipations de retour de restrictions liées à la COVID-19 et les incertitudes géopolitiques persistantes» au cours du second semestre de l’année.
En ce sens, le cartel table sur un excédent du marché, suscitant des spéculations selon lesquelles elle pourrait se préparer à des réductions de production.
Or, des articles de presse spécialisée du secteur, rangée du côté des pays consommateurs bien-sûr, relèvent que ces spéculations ont été actionnées par les calculs faits par l’Opep concernant la différence entre la demande mondiale de pétrole pour le trimestre en cours et la production hors Opep à 28,27 millions de bpj, ce que l’OPEP elle-même aurait besoin de produire pour maintenir l’équilibre du marché.
«Il ne s’agit pas d’une déclaration ouverte de réductions de production. Il s’agit d’un simple calcul à la fin d’un tableau détaillant la demande et l’offre mondiales de pétrole», reconnaît-on, non sans estimer que «cela suggère qu’un renversement des politiques de production de l’Opep pourrait être en cours».
Un renversement qui n’a jamais été évoqué par les pays producteurs. Ceux parmi ces derniers qui composent l’Opep+ ont déjà assoupli progressivement leur programme de réduction depuis août dernier. Ils se sont attelés, depuis, à des suppléments mensuels qui se sont améliorés avant la toute récente réunion de l’alliance et la décision prise par cette dernière de rajouter seulement 100 000 barils par jour à son offre de septembre, contre 648 000 bpj pour celles de juillet et d’août.
Certes, il s’agit du plus faible ajout opéré par les 13 pays membres de l’Opep et leurs dix alliés depuis le retour à la hausse de leur production, mais cette décision paraît amplement logique dans un marché où la volatilité continue à faire des siennes, sur fond de turbulences à plusieurs facteurs réunis, dont notamment, les craintes d’une récession.
C’est en tous les cas dans cette atmosphère poussant les producteurs à redoubler de prudence que les prix sont en train de flancher. Hier, pour le premier jour de la semaine, le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait à 93,28 dollars en début d’après-midi, alors que le WTI ne valait que 87,52 dollars. <