La production de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires de l’Opep+ reste nettement en deçà des quotas que s’était fixés l’alliance. Du moins pour le mois de mai et juin, selon les chiffres disponibles.

Pour mai, le rapport publié fin juin par l’Opep+, pour servir de base à la dernière réunion ministérielle du groupe, indiquait que l’alliance n’a pas pu atteindre les quotas contenus dans le programme qu’elle avait tracé. Durant ce mois, il manquait 2,7 millions de barils par jour (mbj) dans l’offre, a précisé le rapport, prévoyant le même scénario pour juin. Lequel vient d’être confirmé par le site spécialisé en énergie Argus, faisant état de plus 2,5 mbj en dessous de l’objectif tracé.
La production des 19 participants à l’accord Opep+ (la Libye, l’Iran et la Venezuela étant exemptés) a augmenté de 730 000 bpj pour atteindre 38,26 mbj durant le mois dernier selon une enquête d’Argus.
En dépit d’avoir augmenté au rythme le plus rapide depuis l’entrée en vigueur du même accord de réduction, en 2020, la production réalisée par l’alliance pour le 6e mois de l’année affichait un manque de plus de 2,5 mbj par rapport à l’objectif du groupe.
Cette tendance augure de manques encore plus conséquents dans la production visée par l’Opep+ pour août et juillet, deux mois durant lesquels le groupe devrait livrer 648 000 bpj. Son offre évolue dans cette tendance, alors que la Russie, plus grand producteur hors-Opep au sein de l’Opep+, a vu sa production rebondir le mois dernier et augmenter de 550 000 bpj par rapport à mai. Comprendre que l’offre russe s’est rapprochée des niveaux observés pour la dernière fois en février, juste avant le début de la guerre en Ukraine.
Cette hausse s’explique par l’augmentation de l’apport des raffineurs nationaux, qui ont augmenté les taux de traitement après les avoir réduits en avril, lorsque les États-Unis ont interdit les importations de tous les produits énergétiques russes et que les acheteurs occidentaux ont commencé à éviter les achats de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés russes.
Mais la hausse de l’offre aura été insuffisante pour pallier les défaillances d’autres pays de l’alliance, alors que des géants de l’Opep, comme l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, n’ont pu réaliser que des augmentations légères.
Pendant ce temps, la production de la Libye, autre membre de l’alliance, souffre depuis avril des tensions entre les deux gouvernements rivaux, et plusieurs champs pétroliers ont été fermés de force dans l’est du pays.
Selon une enquête publiée par Reuters, c’est en Libye que la plus forte baisse a été enregistrée, soit 170 000 bpj manquant à l’appel.
La deuxième baisse la plus importante, 80 000 bpj, est venue du Nigéria, où les pannes et la maintenance ont freiné la production. Les chiffres ont fait chuter les exportations en juin d’au moins 100 000 bpj, a rapporté l’agence britannique, avant de citer également le cas de l’offre irakienne, qui a chuté.
Dans le cas des poids lourds du cartel, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït ont ajouté 130 000 bpj combinés, note encore la même source, soulignant que la production saoudienne était inférieure de plus de 100 000 bpj à son quota.
Côté pays non-Opep faisant partie de l’alliance, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan ont vu leur production baisser en juin en raison de la maintenance des principaux champs pétrolifères, a montré l’enquête d’Argus.
Selon le même site, l’approvisionnement en pétrole brut du Kazakhstan sur les marchés mondiaux sera plus incertain dans les semaines à venir, après qu’un tribunal russe a ordonné, la semaine dernière, au Caspian Pipeline Consortium (CPC), qui exploite une route d’exportation clé pour le pétrole brut de l’immense champ pétrolifère de Tengiz, de suspendre ses activités, pendant 30 jours, invoquant des violations de l’environnement.

Les prix font le yo-yo

Les turbulences qui caractérisent l’offre pétrolière semblent, en fin de compte, permettre au baril de faire de la résistance face aux craintes de récession qui tirent les prix vers le bas, alors qu’aucun signe de fin de guerre en Ukraine ne se manifeste.
Hier, les cours de l’or noir repartaient à la baisse, après avoir clôturé la semaine dernière en hausse. Dans la matinée, le baril de la mer du Nord pour livraison en août perdait 1,81% à 105,08 dollars, alors que le WTI pour la même échéance fléchissait quant à lui de 2,28% à 102,40 dollars.
Entre craintes de récession et celles de pénurie d’approvisionnement, il devient de plus en plus difficile de prévoir les prix du pétrole, relèvent des analystes en guise d’exemple de volatilité du marché. Selon ces derniers, la question fondamentale reste de savoir combien de temps durera l’invasion de l’Ukraine, les guerres entravant la croissance économique en raison de l’inflation.
«Plus la crise se prolonge, plus il est probable que les considérations relatives à la demande prendront le pas sur les questions d’offre et deviendront les forces dominantes», affirment-ils.