Par Khaled Remouche
La mise en service de nouveaux gisements pourrait accroître la production de gaz de la compagnie pétrolière nationale de 10 à 20 milliards de mètres cubes/an à moyen terme. Mais, attention à la hausse importante de la demande domestique de gaz qui pourrait annuler ces efforts de production et ainsi freiner la progression de nos exportations de gaz.
Sonatrach vient d’achever une partie des travaux de développement du gisement concernant la zone Ohanet (emplacement de l’unité de traitement) qui comprend le raccordement de 35 puits qui devra fournir, en ce mois de décembre, 4,5 millions de mètres cubes/jour de gaz, soit une production de 1,5 milliard de mètres cubes/an supplémentaire. Le pôle gazier de Tinhert, qui compte 28 gisements, une fois achevés les travaux de développement en 2025, selon les prévisions contractuelles, devrait disposer d’une capacité de production de 27 millions de mètres cubes/jour de gaz : la partie Alrar (14 millions de mètres/jour) et la partie Ohanet (13 millions de mètres cubes/jour), soit une capacité de production de 10 milliards de mètres cubes de gaz/an. Il est attendu une production supplémentaire de 10 millions de mètres cubes/jour à court terme, de ces gisements, c’est-à-dire en 2023.
Sonatrach s’attend également à la mise en service, en 2023, du gisement de gaz d’Isarène qui produira 3,5 milliards de mètres cubes/an et une partie des gisements de gaz du Sud, Hassi Ba Hammou, Hassi Tidjerane et Hassi Tidjerane Ouest, Tinerkouk et Tinerkouk Ouest, qui produiront une fois achevée toute la phase de développement 11 millions de mètres cubes/jour en juin 2024 (réception définitive), soit environ 4 milliards de mètres cubes/an. La réception provisoire est prévue contractuellement en juin 2022. Si les travaux de réalisation s’accélèrent, Sonatrach pourrait en 2023 au rendez-vous de la production d’une bonne partie des champs annoncés. La compagnie table, en 2023, principalement sur les gisements de gaz de Tinhert, d’Isarène et du sud-ouest.
Il faut également s’attendre aux résultats de l’effort d’exploration de Sonatrach et ENI dans le bassin de Berkine, notamment dans les périmètres de Zemlet El Arbi, Sif Fatima et Ourhoud II, ainsi qu’à Berkine Sud. A moyen terme, à l’horizon 2025-2026, une production supplémentaire d’environ 10 à 20 milliards de mètres cubes devrait provenir des nouveaux gisements. Ce qui permettrait d’honorer les contrats de gaz principalement avec nos clients italiens, 31 milliards de mètres cubes/an à l’horizon 2023-2024 livrés à partir du gazoduc Enrico-Mattei.
Mais ce qui pose problème ce sont nos besoins croissants en gaz supplémentaires, dopés par l’expansion de la demande domestique – 9% de croissance en 2021 -, en l’absence d’une politique appliquée sur le terrain de rationalisation de la consommation énergétique et qui risque d’annuler donc cette croissance de la production en contexte notamment de forte demande sur le gaz algérien, exprimé par des pays européens hors clients traditionnels, et ce, en raison des effets du conflit russo-ukrainien. Autre élément d’inquiétude, l’insuffisante dynamique concernant les gisements découverts de gaz et non encore exploités.
A l’élaboration de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, ses promoteurs avaient affirmé que 200 gisements avaient été découverts et non exploités. En 2020 et 2022, Sonatrach a réalisé 35 découvertes de petits et moyens gisements. Mais s’ils sont développés en grappes à partir d’installations existantes dans les bassins de Berkine, d’Illizi et du sud-ouest, les volumes seront plus importants et les délais pour produire ces quantités de gaz raccourcis.
Des gisements de gaz d’importance comme celui de l’Ahnet au sud-ouest, repris par Sonatrach à Total, et qui devait être réceptionné en 2018, n’a pas connu depuis le début des travaux de développement. Même topo pour les gisements de Tidikelt and Akabli et Bourrahat dans la wilaya d’Illizi. Cette wilaya recèle de petits gisements de gaz satellites aux gisements d’In Amenas, exploités par Sonatrach, ENI et Equinor, et qui pourraient contribuer à la croissance des volumes produits.
L’appel d’offres en matière d’exploration, qui serait lancé en 2023 par Alnaft après la phase de pré-qualification actuelle, pourrait relancer la dynamique si les périmètres proposés sont attractifs et si sont inclus des gisements déjà découverts et non exploités et qui pourraient être exploités plus rapidement, c’est-à-dire en deux à trois ans.
Mais quitte à le rappeler, un suivi au plus haut niveau devrait accompagner ces efforts de production et conduire à accélérer l’application de la politique de rationalisation de la consommation domestique de gaz pendant la période 2023-2026. n