Par Bouzid Chalabi
Si la production agricole a pu dépasser, en 2020, l’équivalent de 25 milliards de dollars soit 14,1% du PIB, contre 23 milliards dollars (12,4% PIB) durant la campagne agricole de 2019, celle de 2021 a été marquée par un recul sensible estimée à près de 4% car n’étant pas jusqu’à présent consolidé. Un constat d’autant plus déplorable quand on sait que la stratégie du secteur repose actuellement sur l’augmentation des rendements dans les filières stratégiques, à leur tête les céréales primaires, les légumineuses et la production animale (viande rouge et blanche) dans le but de réduire la facture alimentaire du pays qui dépasse souvent les 10 milliards de dollars.
A propos de cette régression dans le secteur, nul doute qu’elle est due en grande partie à la sécheresse enregistrée cette année impactant, d’un côté, les cultures pluviales et, de l’autre, les périmètres irrigués à partir des barrages, dont les niveaux de retenue ont grandement baissé. Ce faisant, c’est toute la stratégie de production qui s’est vu freiner.
Faut-il rappeler dans ce sens que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural vise, dans le cadre de son plan d’action, un taux de croissance de 30% dans la filière céréalière à l’horizon 2024, sachant qu’en 2020, la production nationale était de 43,9 millions de quintaux, avec un rendement moyen de 15 quintaux par hectare et une valeur de production de près de 172 milliards de dinars. Le ministère de l’Agriculture et du Développement rural compte aussi réaliser un taux de croissance de 95% dans la filière des légumineuses (une production de 1,15 million de quintaux pour une valeur de 13,8 milliards de DA en 2020), de 30% dans la filière de la pomme de terre (une production de 46,6 millions de quintaux pour une valeur de 176,8 milliards de DA en 2020), de 25% dans la filière de la tomate industrielle (une production de 19,3 millions de quintaux pour une valeur de 86,9 milliards de DA en 2020), de 15% dans la filière des oléagineux (une production de 10,8 millions de quintaux pour une valeur de 291,5 milliards de DA), de 25% dans la filière des agrumes (une production de 15,6 millions de quintaux pour une valeur de 200 milliards de dinars). Concernant la filière des viandes rouges, le secteur entend atteindre un taux de croissance de plus de 15%, sachant que 5,3 millions de quintaux de viandes avaient été produits en 2020 pour une valeur d’environ 574 milliards de dinars. Autant d’objectifs qui risquent de ne pas être atteints si, sans tomber dans le pessimisme, le scénario de la sécheresse venait à perdurer.
Pour l’heure, le bilan agricole de cette année n’en est pas moins un sérieux avertissement quant à revoir les techniques agricoles de production, notamment dans les filières stratégiques. C’est d’autant plus impératif pour éviter, d’une part, que nos volumes d’importation des céréales et de la poudre de lait, qui pèsent lourdement sur le budget de l’Etat, augmentent au lieu de régresser et, d’autre part, assurer aux citoyens leurs besoins en légumes frais et secs ainsi qu’en produits carnés à des prix abordables. Sur ce dernier point, il y a lieu de souligner que l’année 2021 restera longtemps gravée dans l’esprit des Algériens car ayant eu affaire à des envolées des prix sans précédent sur les étals. On peut citer, en effet, et surtout les cas de la pomme de terre et de la volaille, le tubercule atteignant les 150 DA et par endroit 170 DA/kg, le poulet vidé entre 450 et 500 DA/kg. Face à cette situation d’inexorable surenchère sur des produits agricoles de base, les Algériens se demandent à quoi ont servi les milliards de dinars consacrés au développement du secteur de l’Agriculture ? Le citoyen lambda espère toutefois ne plus revivre le même scénario de 2021 en termes de prix à la consommation sur les produits agricole, végétal et animal.