L’Etat hébreu a annoncé vendredi, 22 octobre, sa décision de placer six ONG palestiniennes sur la liste des
« organisations terroristes », liées selon lui au Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Parmi
les six ONG palestiniennes placées sur liste noire par
le ministère israélien de la Défense figurent les organisations de défense des droits humains al-Haq et Addameer, qui défend les prisonniers palestiniens en Israël.

Par Salim Benour
Lundi 18 octobre, Israël avait déjà annoncé avoir révoqué le statut de résident de Jérusalem du franco-palestinien Salah Hamouri, un des principaux avocats d’Addameer. « Ces organisations sont liées à la direction du FPLP qui appelle à la destruction d’Israël par des actes terroristes » et elles « bénéficient d’aides d’Etats européens et d’organisations internationales obtenues de manière frauduleuse », a dénoncé M. Gantz. Israël et l’Union européenne considèrent depuis des années le FPLP, groupe palestinien d’obédience marxiste, comme une organisation terroriste.
Le service israélien de renseignement intérieur avait accusé en mai des ONG en Cisjordanie occupée d’avoir détourné des fonds de « plusieurs pays européens », dont la Suisse, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne et la Grande-Bretagne, au profit du FPLP. Un responsable sécuritaire israélien cité par des agences de presse occidentales avait alors assuré que « des dizaines de millions de dollars» avaient été transférés sans «qu’aucun des gouvernements ne sache où allait l’argent ». « Cet argent a permis au FPLP de financer les familles des prisonniers et des auteurs d’attentats, de payer des salaires à ses membres, de renforcer ses activités terroristes et de diffuser son idéologie », a affirmé vendredi le ministère de la Défense, appelant la communauté internationale à «couper tous les contacts» avec ce type d’organisations. Les Etats-Unis, grand allié d’Israël, ont affirmé qu’ils « allaient consulter leurs partenaires israéliens pour obtenir plus d’informations concernant les fondements » de la décision israélienne. « Le gouvernement israélien ne nous a pas prévenus », a déclaré le porte-parole du Département d’Etat américain Ned Price devant des journalistes. « Nous considérons que les droits humains, les libertés fondamentales et une société civile forte sont cruciales », a-t-il ajouté.
Amnesty : une décision « injuste » et « alarmante »
Le bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme dans les Territoires palestiniens s’est dit « alarmé » par la décision israélienne, accusant l’Etat hébreu de mener «une longue campagne stigmatisant ces organisations et d’autres » ONG et restreignant « leur capacité à mener leurs tâches cruciales ». Amnesty International et Human Rights Watch ont également dénoncé une décision « épouvantable », « injuste » et « alarmante » qui « menace » le travail de certaines des ONG palestiniennes « les plus importantes ». « Il s’agit d’une décision politique, pas sécuritaire, qui s’inscrit dans une longue campagne menée par Israël contre les ONG palestiniennes afin de les faire taire », a commenté auprès de l’AFP Shawan Jarareen, directeur d’al-Haq. L’ONG israélienne anticolonisation B’Tselem a jugé la décision des autorités israéliennes « digne des régimes totalitaires ».
La décision d’Israël de classer les ONG palestiniennes sur la liste des « organisations terroristes » est intervenue quelques jours après que le représentant permanent de l’Afrique du Sud aux Nations unies, Mathu Joyini, a réaffirmé mercredi 20 octobre, le droit inaliénable des peuples sous colonisation à l’autodétermination, appelant à la mise en oeuvre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et les décisions de l’Union africaine pour aboutir à une solution politique aux questions du Sahara occidental et de Palestine. « L’Afrique du Sud appelle à la pleine mise en oeuvre de toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que les décisions de l’Union africaine, qui visent à trouver une solution fondée sur le droit à l’autodétermination », a souligné M. Joyini. « En tant que membres de la commission, nous ne pouvons pas permettre de laisser le temps, les ressources et la vie humaine à l’abandon », a-t-il affirmé, en disant qu’il « est décourageant de constater qu’en 2021, il reste encore 17 territoires non autonomes (NSGT), qui n’ont pas encore « exercé leur droit à l’autodétermination ». S’agissant de la Palestine, l’Afrique du Sud a réaffirmé son soutien « au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination et à la fin de l’occupation, avec l’instauration d’un Etat de Palestine viable, avec El-Qods Est pour capitale, sur la base des résolutions de l’Assemblée générale de l’ONU et du Conseil de sécurité ». Il a déploré la situation des Palestiniens vivant dans les Territoires occupés qui sont quotidiennement soumis à des lois et pratiques conçues pour les empêcher de participer au système politique qui régit leur vie et détermine leur avenir. « Ces actions pénalisent le peuple palestinien et le prive de son droit universel et inaliénable à l’autodétermination et à l’égalité », a-t-il ajouté, exhortant la Commission, ainsi que la communauté internationale « à renforcer leur détermination et à agir ensemble pour mettre fin à cette impunité ».
Jeudi 21 octobre, le Parlement européen a voté une « recommandation » visant à renforcer l’appui financier annuel accordé à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). L’information a été donnée dans un communiqué du ministère palestinien des Affaires étrangères, rapportant la décision de l’Union européenne d’annoncer, le 11 octobre dernier, une contribution financière de 92 millions d’euros pour le soutien des activités humanitaires de l’UNRWA.
Selon la diplomatie de l’Autorité palestinienne, 529 députés européens ont voté en faveur de la résolution, tandis que 354 voix ont appelé à retenir 23 millions de dollars de l’agence. Dans son communiqué, elle déclare que « ‘la position des représentants au Parlement européen est sur la bonne direction pour soutenir le rôle de l’UNRWA, qui s’occupe des affaires des réfugiés palestiniens, ayant la responsabilité de venir en aide à plus de 5,7 millions de réfugiés palestiniens ».
En réaction, le porte-parole de l’UNRWA, qui a été créée en 1949 par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies pour apporter assistance aux réfugiés palestiniens, Sami Mshashaa, a déclaré jeudi dans un communiqué que l’Agence attend avec impatience l’approbation finale et officielle de la recommandation du Parlement européen. Mshasha a en ce sens salué le soutien de l’Union européenne aux activités de l’UNRWA et l’engagement initial du Parlement européen d’augmenter la contribution annuelle de l’agence pour l’année prochaine. n