Ce que l’on appelait « le procès du siècle », lié à l’affaire Khalifa Bank, s’est poursuivi, hier, au tribunal criminel près la Cour de Blida. Le deuxième jour de cette affaire qui, pour rappel, avait été traitée déjà par la même instance juridique, a été consacré à l’audition du restant des accusés ; une partie étant auditionnée, dimanche, à l’ouverture.

Celle-ci a été consacrée, entre autres, à l’audition de l’accusé principal dans cette affaire, Abdelmoumène Khalifa en l’occurrence, en sa qualité d’ex-PDG du groupe Khalifa, et de trois autres accusés sur un total de 11. Les autres accusés, entendus, hier, étaient tous condamnés par le même tribunal, alors que le réexamen de cette affaire intervient suite à la réponse favorable de la Cour suprême au pourvoi en cassation du dernier verdict prononcé en 2015. Face aux questions qui lui ont été adressées par la présidente du tribunal, portant essentiellement sur les détails de création et de gestion de la banque El Khalifa, notamment le mouvement et le transfert des fonds, ainsi que sur la gestion de la compagnie aérienne relevant de son groupe, Abdelmoumène Khalifa a nié l’ensemble des accusations retenues contre lui, rejetant la responsabilité sur « l’ancien régime ». Il a ainsi affirmé à la même occasion avoir été victime « d’un complot avec la complicité de l’ancien système ». Les autres accusés, qui se sont présentés à la barre, dont l’ancien directeur-adjoint chargé de la sécurité et l’ancien directeur de l’agence de Blida, interrogés sur le retrait des fonds sans titres réguliers, sont revenus sur leurs déclarations faites auparavant ; le premier, assurant qu’il avait « subi des pressions », a rejeté en bloc les accusations selon lesquelles il avait reçu des ordres du principal accusé, alors que le second a nié les accusations de remise de fonds sans titres réguliers sur la base d’ordres verbaux de la part de l’ancien PDG du groupe. Les déclarations des accusés rompent en tout cas avec certains de leurs précédents témoignages, affirmant avoir subi des pressions de certaines parties de l’ancien régime, sans les citer, alors que certains n’hésitaient pas à descendre en flamme Abdelmoumène Khalifa qu’ils accusaient de tous les torts. La stratégie de défense semble ainsi avoir pris une autre piste ; celle d’accabler l’ancien régime, présenté désormais comme la tête pensante d’un complot dont l’ex-patron du groupe Khalifa était la première victime. D’autres accusés, interrogés, hier, ont nié avoir bénéficié de quelconques avantages qui leurs ont été attribués par le groupe Khalifa en contrepartie de la domiciliation des comptes de leurs entreprises dans la Khalifa Bank. Il s’agit entre autres de l’ex-patron du groupe Saidal ainsi que de l’ancien président du conseil d’administration de la Caisse nationale des retraites. La deuxième journée du procès devrait être marquée également par l’audition des accusés non-détenus, lesquels ont tous répondu à l’appel du tribunal. Ce sont les témoins qui se sont en revanche illustrés par leur absence dans ce procès. Le tribunal criminel près la Cour de Blida, rappelons-le, avait condamné Abdelmoumène Khelifa, en 2015, à 18 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de dinars et de la confiscation de l’ensemble de ses biens, pour « constitution d’une association de malfaiteurs », « vol en réunion et escroquerie » et « banqueroute frauduleuse, abus de confiance et falsification de documents bancaires ». Abdelmoumène Khelifa a été remis à l’Algérie par les autorités britanniques en décembre 2013 « conformément aux procédures légales et aux dispositions de la convention judiciaire » entre l’Algérie et le Royaume-Uni, entrée en vigueur en 2007, et suite à l’épuisement de tous les recours introduits auprès de la justice du Royaume-Uni et de la justice européenne.