Finalement, le rejet par Abdelmoumène Khalifa des lourdes accusations portées contre lui dans l’affaire Khalifa Bank et ses déclarations selon lesquelles il a été victime de l’ancien système dit «El issaba» n’auront eu aucun un effet sur le Procureur général près la Cour de Blida, Zoheir Talbi.

Hier, le représentant du ministère public a requis la même peine que celle requise en 2015, lors du premier procès de la même affaire, à savoir la perpétuité contre l’accusé principal. Il a également requis la confiscation de l’ensemble des biens saisis.
Lors de son réquisitoire, hier mercredi, M. Talbi a estimé que Abdelmoumène Khalifa «ne peut pas avoir été une victime d’une vengeance et d’un règlement de compte de l’ancien système, comme il le prétend, au regard des avantages qui lui ont été accordés durant la période de création du Groupe Khalifa, dont Khalifa Bank».
Pour preuve, soulignera-t-il, «aucune mesure conservatoire ou du moins disciplinaire, qui s’imposait par la force de la loi, n’a été prise contre l’accusé principal, en dépit des infractions et dépassements flagrants constatés par les commissions d’inspection». L’intervenant citera, entre autres infractions, «l’absence de documents de paiement et de factures», et les «importantes insuffisances dans le système informatique de comptabilité». «En l’absence de tout contrôle, le responsable de Khalifa Bank a persisté dans ses dépassements», a-t-il déduit.
Pour rappel, le PDG de la défunte Khalifa Bank a été condamné, en juin 2015, à 18 années de réclusion ferme par le même Tribunal criminel de Blida, assortie d’une amende d’un million de DA avec confiscation de l’ensemble de ses biens. Un pourvoi en cassation sera introduit et accepté par la Cour suprême, donnant lieu à ce second procès qui, faut-il le souligner, n’apporte pas forcément les nouvelles révélations promises.
Pour son retour à la barre, Abdelmoumène Khalifa et d’autres accusés en fuite sont poursuivis pour les mêmes chefs d’inculpation, à savoir «constitution d’association de malfaiteurs», «falsification de documents officiels et usage de faux», «vol en réunion, escroquerie, abus de confiance et corruption», «falsification de documents bancaires», et «banqueroute frauduleuse». Des crimes passibles de la peine capitale requise hier par le Procureur général.
Auditionné dimanche dernier, au premier jour du procès, par la présidente du Tribunal sur les détails de création et de gestion de la banque El Khalifa, et sur le mouvement et le transfert des fonds, l’ancien patron du groupe Khalifa a nié toutes les charges retenues contre lui, affirmant une nouvelle fois avoir été victime «d’un complot avec la complicité de l’ancien système».
Le Procureur général a, par ailleurs, requis 20 années de prison ferme contre Badreddine Chachoua, 18 ans contre Belaïd Kechad, 15 années contre Meziane Ighil et 10 années contre Adda Foudad. Il a également requis la saisie des biens de la majorité des accusés.
Après le réquisitoire du représentant du ministère public, c’est au tour des avocats de la défense d’entrer en scène. La veille, les déclarations de l’expert-comptable, Hamid Foufa, ont donné à apprécier la manière avec laquelle avait été gérée la banque privée à scandales. Une gestion «chaotique» au niveau des agences et de la caisse principale, dira au magistrat cet expert désigné par le Tribunal. Il signale, entre autres, que l’expertise financière réalisée en mai 2004, et ayant concerné la caisse principale de Chéraga, a donné lieu à l’enregistrement d’un trou financier de plus de 3,277 milliards de dinars, suite à des retraits de fonds de neuf agences, où des trous financiers ont été également enregistrés, et qui n’ont pas été déposés à la caisse principale.
L’expert a expliqué que les fonds retirés des neuf agences et non déposés à la caisse principale «ont été transférés vers des destinations inconnues», estimant qu’il s’agirait d’un «détournement de fonds, dans le cas où il ne subsiste aucune trace des sommes retirées».
Abondant dans le même sens, l’inspecteur principal Madjid Regaoua, chargé de l’inspection de la caisse principale de Khalifa Bank en mars 2003, a dévoilé l’existence de trous financiers, soulignant que d’«énormes sommes d’argent ont été retirées des agences et n’ont pas été déposées à la caisse principale».
Même constat émis par le membre de la commission bancaire de la Banque d’Algérie, Omar Namous. Cette commission a relevé de «nombreux dépassements dans la banque Khalifa, notamment concernant le non-respect du droit des changes et de la loi interne des banques», dira-t-il lui aussi.
Auditionné à son tour, le liquidateur de Khalifa Bank, Moncef Badsi, a déclaré que «près de 86% des fonds déposés à Khalifa Bank n’ont pas été restitués». Il a fait cas de 11 000 personnes inscrites sur la liste des indemnisations, dont 4 000 ont vu leurs demandes rejetées, suite à la «confirmation d’une tentative d’arnaque de leur part pour obtenir des indemnités auxquelles elles n’ouvrent pas droit». <