Le procès en appel de l’affaire Mahieddine Tahkout a été consacré, hier, aux plaidoiries de la défense. La justice a notamment entendu, dans la matinée, les arguments des avocats du directeur de l’Etusa Karim Yacine et de l’ancien wali de Skikda Faouzi Belhocine. Deux accusés qui demandent, aujourd’hui, l’acquittement et l’abandon de toutes les charges «d’octrois d’indus avantages», de «mauvaise gestion» ou encore de «conflit d’intérêts». Les deux responsables avaient respectivement été condamnés en première instance par le Tribunal de Sidi M’Hamed à un et deux ans de prison, pour leur «implication» dans le dossier de l’affrètement d’autocars au profit de l’Etusa, ainsi que dans «l’affaire» de la concession accordée à Mahieddine Tahkout au niveau du port de Skikda.
En effet, plaidant l’innocence de son client, l’avocat du directeur de l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) a expliqué en substance que le recours au contrat d’affrètement de bus auprès de l’entreprise de Mahieddine Tahkout avait été une «nécessité» pour l’Etusa au regard de l’état des transports, mais surtout de la réglementation du gouvernement qui «l’obligeait à acquérir des bus de fabrication nationale». Le fond de l’affaire reprochée à Karim Yacine remonte, pour rappel, au début de la décennie 2010 lorsque l’Etusa demande l’autorisation d’acquérir 300 bus supplémentaires. Le gouvernement répondra en 2011, explique l’avocat, mais en imposant «que les bus soient de fabrication nationale (…) or, la SNVI n’a pas été capable de les livrer dans les temps».
L’avocat ajoute que le contrat d’affrètement de bus auprès de Mahieddine Tahkout avait été une «opération rentable pour l’Etat», en expliquant que le coup de l’achat et de l’exposition d’un bus était de 36 000 dinars par jour, alors que la location était de «19 650 dinars, en plus de 2 000 dinars pour le chauffeur». Il conclut que «cela a permis 207 milliards de gain pour l’Etat (…) Aujourd’hui avec l’arrêt du contrat 46 lignes ne sont plus desservies correctement». La défense de Karim Yacine a par ailleurs nié tout «conflit d’intérêt» dans la passation du marché «ni l’Etusa ni ses directeurs ne sont responsables du monopole des entreprises de Tahkout en ce qui concerne les transports et la location de bus (…) Par ailleurs, je rappelle que l’appel d’offres n’était pas ‘’dirigé’’, il était possible à des entreprises plus petites de soumissionner en tant que groupement».
Quant à la défense de l’ancien wali de Skikda, à qui la justice reproche d’avoir donné son accord pour une concession d’un espace au niveau du port de Skikda pour «l’installation d’une cimenterie». L’avocat de l’accusé Faouzi Belhocine a expliqué qu’il s’agissait là d’un acte de gestion. «On y voit aujourd’hui un délit alors qu’il s’agissait d’une décision prise dans la cadre d’une politique». L’avocat ajoutant en substance que la décision de son client était une conséquence, et la suite logique, des premiers accords donnés à Mahieddine Tahkout par le ministère des Transports et par le Directeur du port : «Le wali ne pouvait pas refuser un projet sans raison». La défense de Faouzi Belhocine demande ainsi l’acquittement. L’avocat conclut : « Je rappelle que le directeur du port a été acquitté, j’aimerais que cette même logique profite également à mon client».
Procès qui se poursuit encore avec les plaidoiries des avocats de la défense. Il est à rappeler que le Procureur de la République avait demandé dimanche que les peines prononcées en première instance soient maintenues. Requérant notamment 18 ans de prison ferme contre l’homme d’affaires Mahieddine Tahkout et 12 années fermes à l’encontre des ex-Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. <