Le jugement en appel de l’affaire Tahkout a été marqué hier matin par les plaidoiries des avocats de Bilal Tahkout. La défense du fils de l’ancien homme d’affaires Mahieddine Tahkout a ainsi demandé la «relaxe» et l’abandon de toutes les charges retenues en première instance, notamment celles de «perception d’indus avantages» et de «blanchiment d’argent». Les avocats, qui ont fermement contesté la peine de 7 ans de prison ferme prononcée par le Tribunal de Sidi M’hamed en juillet dernier, ont fait savoir que le dossier contre Bilal Tahkout était «vide». La présence du fils de l’homme d’affaires dans le box des accusés ne s’expliquerait, selon eux, que «par son nom de famille et par des articles de presse accusateurs».
L’accusé avait déclaré au juge de la Cour d’Alger le 4 novembre dernier qu’il «ne comprenait pas la raison» de son incarcération depuis 18 mois : «On m’a condamné à 7 ans, alors que je n’ai rien fait et que je n’ai rien pris». Pour rappel, l’une des principales charges retenues contre Bilal Tahkout concerne les conditions de l’obtention, en 2016, d’une concession agricole de 8 000 hectares dans la wilaya d’El Bayedh ; un projet qui n’aurait jamais «démarré» mais, au contraire, servi de couverture pour le détournement des aides de l’Etat. Des faits que les avocats ont vivement démentis, expliquant que Bilal Tahkout avait obtenu toutes les autorisations nécessaires pour cet investissement. «Il a le droit comme tout citoyen de procéder à des investissements. Il voulait tenter sa chance et son dossier est légal. La concession a été obtenue selon les règles». La demande d’investissement de Bilal Tahkout aurait ainsi été étudiée par les autorités locales «parmi 110 dossiers et accordée en même temps que vingt autres projets». Quant à la résiliation du projet agricole, demandée par Bilal Tahkout lui-même, en mai 2019, elle s’expliquerait selon la défense par la nature du sol et les «difficultés rencontrées sur le terrain». «Il aurait fallu 80 ans pour exploiter le terrain. On a creusé des puits à 1 000 mètres, il n’y avait pas d’eau», avait en effet expliqué l’accusé. Ajoutant plus loin qu’il n’avait bénéficié d’aucune intervention en sa faveur au niveau local ou national, «autrement je ne vois pas pourquoi je serais le seul accusé dans ce dossier». Les avocats de Bilal Tahkoutont également réfuté devant le juge tout lien de leur mandant avec les «affaires» de son père Mahieddine Tahkout. Ils expliquent notamment que Bilal Tahkout n’était qu’un employé parmi d’autres de l’entreprise de son père. L’un des avocats fera également savoir que son client a volontairement restitué des actions, «le 29 mai 2016, Mahieddine Tahkout avait donné des actions à Bilal, 4 jours plus tard, ce dernier les a rendues». Le collectif d’avocats affirme également que leur client n’avait «rien à voir» avec les entreprises de transport de la famille Tahkout, notamment celle de son oncle. Ils invoquent pour preuve que dans les différents registres de commerce le «nom de Bilal Tahkout n’apparaît jamais». Quant à l’accusation de «blanchiment d’argent», elle n’aurait pareillement aucun fondement selon la défense. «Mon client ne possède aucun compte à l’étranger et les fonds retrouvés sur ses comptes bancaires en dinars sont eux aussi justifiés», selon les avocats, «au regard du salaire légalement perçu entre avril 2016 et 2019, soit près de 25 millions». A ce titre, en plus de plaider «l’innocence» et de réclamer la «libération» de Bilal Tahkout, les avocats ont demandé hier la «restitution de tous ses biens». <