La Cour d’Alger a poursuivi hier le procès en appel, ouvert mercredi 28 octobre dernier, de l’ex-homme d’affaires Mahieddine Tahkout accusé de corruption et d’obtention de privilèges, d’avantages et de marchés publics «en violation de la législation». L’audition d’hier matin a été marquée par celles de deux membres de la famille de l’inculpé, à savoir son fils Bilal et son frêre Rachid Tahkout. En première instance, le Tribunal de Sidi M’Hamed avait condamné Bilal et Rachid Tahkout à de 7 ans de prison fermes chacun. Le «fond» du dossier est, pour rappel, principalement dominé par des soupçons de collusion entre Mahieddine Tahkout et ses proches avec des responsables politiques, locaux et nationaux, dans la passation frauduleuse de marchés publics.
Appelé à la barre, l’accusé Bilal Tahkout a été interrogé sur une exploitation agricole de 8 000 hectares qu’il aurait possédé entre 2016 et 2019 dans la wilaya d’El Bayadh. Un projet qui aurait été indûment accordé, d’autant que les questions du juge et du Procureur général ont laissé entendre que le site n’aurait connu aucune, ou du moins très peu d’activité en quatre ans. Une «façade» comprend-on en substance, qui aurait pu permettre le détournement des fonds d’aide. Accusations néanmoins rejetées par Bilal Tahkout qui a expliqué, hier, que la décision d’annuler le projet avait été prise après une «nouvelle étude» de rentabilité : «il aurait fallu 80 ans pour exploiter le terrain (…) On a creusé des puits à 1 000 mètres, il n’y avait pas d’eau.» Une situation qui expliquerait, selon lui, la décision prise en mai 2019 d’annuler le projet. L’accusé ajoutant par ailleurs pour sa défense qu’il avait obtenu la concession en suivant la législation «autrement, je ne vois pas pourquoi je serais le seul accusé dans ce dossier. On m’a condamné à 7 ans, alors que je n’ai rien fait et que je n’ai rien pris».
Quant à l’accusé Rachid Tahkout, qui serait notamment impliqué avec son frère dans les marchés «troubles» passés entre le groupe et les œuvres universitaires pour le transport des étudiants, il a fait savoir qu’il n’avait aucun lien et aucun pouvoir sur les éventuelles décisions de son frère : «Je n’ai aucun lien avec ces contrats (…) Je suis associé et non pas gérant, je n’avais aucun droit de décision.» Il explique plus loin, à propos des soupçons de la justice sur des liens d’intérêt avec des responsables politiques : «Je n’ai aucun lien, ni avec les ministres, ni l’Etusa, ni les œuvres universitaires.»
L’un des principaux points du dossier concerne, en effet, l’important marché de location de bus au profit de la compagnie de transport public de la capitale. Les deux accusés ont par ailleurs démenti la possession de biens ou de comptes bancaires à l’étranger. Le procès en appel avait pour rappel été marqué la veille par l’audition de l’ancien ministre de l’Industrie Youcef Yousfi en plus des membres de la Commission technique du ministère. L’ancien ministre, qui répondait aux questions du juge sur le «dossier» du montage automobile, a expliqué n’avoir jamais «accordé de privilèges ou de facilitations à l’opérateur Mahieddine Tahkout». Les prochains jours du procès devraient être marqués par l’audition des anciens Premiers ministres Ouyahia et Abdelmalek Sellal, condamnés en première instance dans cette affaire à 10 ans de prison ferme et 500 000 dinars d’amende.