Le procureur a requis une peine de 10 de prison ferme contre les deux anciens Premier ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, dans le procès en appel de l’affaire GB Pharma. Pour sa part, l’ancien ministre, Abdelghani Zaalane, a eu un requis de
3 ans de prison alors qu’il avait été acquitté en première instance.

L’affaire qui porte le nom d’un projet d’entreprise de fabrication et d’importation de médicaments, implanté par le groupe Benhamadi dans la ville nouvelle de Sidi Abdallah renvoie notamment à la responsabilité des deux anciens Premiers ministres.
Les deux anciens responsables, jugés en première instance en novembre dernier pour les charges «d’octroi d’avantages injustifiés» mais aussi «de mauvaise gestion», avaient, pour rappel, été condamnés à des peines de 5 ans de prison.
La première audience a été marquée hier par l’audition de l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia, par visioconférence depuis la prison de Abadla. Le prévenu s’est dit totalement «innocent» des charges retenues contre lui, en expliquant en substance que l’avancement du projet d’investissement «GB Pharma» et aussi les avantages qui lui ont été accordés, étaient conformes à la loi : «Je suis poursuivi dans le cadre du projet GB Pharma, alors que le dossier est arrivé au niveau du CNI et l’accord a été donné par douze ministres, or je suis le seul à être poursuivi.» L’ancien ministre ajoute que son gouvernement avait eu la mission de faciliter les projets dans les «secteurs stratégiques» tels que le médicament.
«On a donné l’accord parce que nous encourageons la fabrication de médicaments. Et aujourd’hui, il y a plus de 50 entreprises qui le font, nous couvrons la moitié des besoins du pays», justifiant ainsi les avantages, l’exonération de TVA et de droits de douane durant deux ans, accordés durant son mandat de Premier ministre, mais aussi de président du Conseil national d’investissement (CNI).
Quant aux autres avantages dont a bénéficié le projet du groupe Benhamadi, notamment, a expliqué la juge, «l’assiette foncière et les pertes bancaires», Ahmed Ouyahia rétorque : «Je n’étais pas en fonction à ce moment précis.» La même logique de défense est également avancée pour la question du contrôle du projet qu’il aurait pu demander lors de sa nouvelle nomination au Premier ministère en août 2017 : «Un Premier ministre travaille avec des ministres. Si je n’ai aucune alerte qui remonte à mon niveau, je n’ai aucune base pour demander l’état d’avancement d’un projet (…) Chaque jour nous avions des montagnes de problèmes à gérer.» L’un des principaux reproches de la justice est, pour rappel, le fait que le projet «GB Pharma» a reçu des avantages sur les fonds financiers de l’Etat, sans que l’entreprise ne donne de résultats sur le terrain, la juge évoquant hier que l’entreprise avait seulement «importé des médicaments».

Ouyahia et Sellal rejettent les accusations
Quant à Moussa Benhamadi, ancien ministre décédé en juillet dernier à la prison d’El Harrach des suites de la Covid-19, il a été en partie innocenté hier par les déclarations d’Ahmed Ouyahia, qui a fait en substance savoir que son seul lien avec le projet était «familial» : «Moussa Benhamadi était actionnaire du Groupe Benhamadi (…) alors que le responsable du projet GB Pharma était Abderrahman Benhamadi.» L’ancien ministre de la Poste et des Technologies, et qui avait la responsabilité de la gestion de la ville de Sidi Abdallah, n’aurait également pas participé aux réunions du CNI selon l’ancien Premier ministre. Pour rappel, la justice avait également reproché aux frères Benhamadi leur «participation au financement de la campagne électorale» du candidat à la présidentielle d’avril 2019, Abdelaziz Bouteflika, à travers un compte bancaire ouvert spécialement pour recueillir les apports financiers de parties sans aucun lien avec l’élection.
La défense d’Ahmed Ouyahia a également dénoncé hier l’ensemble de la procédure en estimant qu’elle était contraire à la Constitution. L’un de ses avocats a, en effet, déposé une requête dès l’ouverture de l’audience, expliquant que «la Constitution fait que la Cour suprême est la seule capable de juger un Premier ministre (…) C’était le cas avec la Constitution de 2016 et c’est encore plus vrai aujourd’hui». Une critique sur la forme de la procédure, que l’avocat continue en notant que les faits reprochés à son client restaient des actes de gestion, sans lien avec un intérêt personnel : «Un Premier ministre applique une politique. On ne peut le juger devant une juridiction ordinaire.» L’avocat de l’entreprise GP Pharma, poursuivi par la justice comme personne morale, a de son côté demandé la levée des scellés imposés par la justice à l’entreprise à l’issue du procès en première instance. Une décision qu’il a jugé inutile et aujourd’hui injustifiée, «l’enquête se poursuit et le jugement se poursuit (…) Par ailleurs, un gestionnaire a récemment été nommé pour l’entreprise».
De son côté, Sellal a nié toutes les charges retenues contre lui, affirmant que l’octroi au propriétaire du projet «GB PHARMA» d’un lot de terrain à Sidi Abdallah s’était effectué en juin 2012 alors qu’il a été nommé en tant que Premier ministre en septembre de la même année.
S’agissant de la contribution du Groupe Condor au financement occulte de la campagne électorale de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika pour la présidentielle annulée du 4 avril 2019, Sellal qui était directeur de campagne a affirmé que son rôle était «purement administratif» et que sa mission consistait en «l’explication du programme du candidat». Et d’ajouter qu’après l’ouverture de deux comptes bancaires en faveur de la campagne, la mission de gestion de ces fonds a été confiée au défunt Chaid Mahmoud. L’ex ministre, Abdelghani Zaalane qui a remplacé Sellal à la tête de la direction de campagne de Bouteflika, a nié également avoir consulté les deux comptes bancaires, ajoutant que son rôle consistait en l’application du programme à travers tout le territoire national.
«Après avoir été chargé de cette mission, je n’ai reçu aucun don de n’importe quelle partie et je ne sais rien à propos des 31 mds centimes restants suite à la fermeture des deux comptes et à la démission de Bouteflika», a-t-il plaidé.