Par Nadir Kadi
Condamnés en première instance par le Pôle pénal économique et financier du Tribunal de Sidi M’hamed à des peines de 8 et 4 ans de « prison ferme », dans le cadre du dossier du « financement occulte » de la campagne présidentielle avortée d’avril 2019, Saïd Bouteflika et Ali Haddad ont de nouveau plaidé leur cause et leur « innocence » face au juge de la Cour d’Alger.
L’affaire, jugée hier (mardi), retient pour rappel les charges d’accusation de « blanchiment d’argent », « trafic d’influence », et « non-déclaration des biens », en mettant notamment en avant l’implication des deux accusés dans le projet et le financement de la chaîne « Istimraria TV » qui visait à soutenir le cinquième mandat du candidat Abdelaziz Bouteflika. Les arguments de la défense n’ont visiblement pas été convaincants pour le Procureur général près la Cour d’Alger, ce dernier réclamant un renforcement des peines.
En effet, déjà placés en détention dans le cadre de plusieurs affaires, Saïd Bouteflika et Ali Haddad risquent, à l’issue du procès, une nouvelle sanction de « 10 ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars », selon le réquisitoire rapporté hier par l’APS. Une demande lourde pour les deux accusés et tout particulièrement pour Ali Haddad, condamné en première instance à 4 ans de prison ferme, mais « acquitté » du chef d’accusation de « financement occulte de la Présidentielle annulée d’avril 2019 ».
En ce sens, apparu à l’issue premier procès, en mai dernier, comme principal organisateur de la campagne électorale de l’ex-Président, Saïd Bouteflika a conservé hier la même stratégie de défense consistant à rejeter l’ensemble des accusations. Déclarant en substance : « Vous pouvez dire ce que vous souhaitez à mon sujet, mais il n’est pas possible de mettre en cause mon honnêteté et mon honneur, et je ne le permets pas (…) si vous trouvez un seul dinar qui m’accuse alors condamnez-moi.»
Quant à la question du financement et de la création d’une chaîne de télévision de soutien, « Istimraria TV », Saïd Bouteflika a rejeté hier l’ensemble de l’accusation et nié connaître même le « projet » ou sa participation active à la campagne électorale : « Avant d’être le conseiller d’Abdelaziz Bouteflika, je suis son frère (…) Je n’avais pas le temps de superviser la campagne de 2019, mais il m’était possible de donner mon avis. » A ce sujet, les déclarations de Saïd Bouteflika ont implicitement mis en cause Ali Haddad. « J’étais en discussion avec Ali (Haddad) il m’a mis au courant qu’il travaillait à un projet de chaîne de sport et m’a informé qu’il était possible de bénéficier du matériel. Je lui ai répondu que celui qui veut faire le bien ne le demande pas. » Ali Haddad, ajoutant pour sa part qu’il n’avait jamais eu connaissance du projet de chaîne de soutien au candidat : « Je n’ai entendu parler de cette chaîne qu’après avoir été face au juge d’instruction de la cinquième chambre ». Par ailleurs, questionné par le juge à propos des équipements audiovisuels, importés de Belgique, Ali Haddad explique qu’ils entraient dans le cadre du renforcement des capacités de son groupe de médias, reconnaissant toutefois avoir « loué deux caméras, des chaises, des câbles… » A la demande de Saïd Bouteflika dans le cadre d’un projet de « web TV » ; la nature de ces équipements «basiques» ne permettant toutefois pas de lancer une chaîne de télévision, selon l’accusé.