La Cour d’Alger a de nouveau reporté, hier, le procès en appel de l’affaire Kouninef. Le juge qui a accédé à la demande de la défense a ainsi accordé deux semaines supplémentaires, fixant l’ouverture du procès au 16 décembre prochain. Les avocats des accusés ont notamment invoqué hier « la constitution de nouveaux avocats dans l’affaire » comme motivation de leur demande d’ajournement. Le procès en appel de cette « affaire », principalement liée à la « corruption », avait déjà connu un premier report le 11 novembre dernier, un ajournement déjà décidé « à la demande des avocats ».
Le procès de la fratrie Kouninef qui avait été jugée en première instance par le Tribunal de Sidi M’Hamed retient plusieurs charges, notamment « trafic d’influence », « blanchiment d’argent », « obtention d’indus avantages », « détournement de fonciers et de concessions » ou encore « non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics ». Le traitement de l’affaire avait, pour rappel, abouti le 23 septembre dernier à des peines très lourdes ; les trois frères, Rada, Tarek-Noah et Abdelkader-Karim, avaient ainsi écopé de 16, 15 et 12 ans de prison ferme en plus d’une amende de 8 millions de dinars chacun et de la saisie de leurs biens « à l’intérieur et à l’extérieur du pays ». Leur sœur Souad-Nour, « en fuite » à l’étranger, avait pour sa part été condamnée à 20 ans de prison avec lancement d’un mandat d’arrêt international.
Quant au « fond » du dossier mis à jour par l’enquête et le procès en première instance, il avait principalement concerné les opérations financières jugées « irrégulières » du groupe économique « KouGC » et de ses nombreuses filiales. La justice s’interrogeant notamment sur les conditions d’obtention de prêts bancaires, révélant que « 186 milliards de dinars » de crédits « injustifiés » avaient été octroyés au groupe par des banques publiques, en plus de « 75 milliards de dinars » d’indus privilèges obtenus par le même groupe. En ce sens, le gérant du groupe « KouGC » Keddour Ben Tahar a été condamné à 8 ans de prison, alors que le procès avait également incriminé plusieurs institutions financières dont le Fonds national de l’investissement et la Banque de l’agriculture et du développement rural. Le procès avait par ailleurs souligné que ces opérations avaient été rendues possible avec la complicité de responsables des ministères de l’Industrie, de l’Agriculture, des Ressources en eau, de l’Energie et des Télécommunications où le groupe « KouGC » avait obtenu des marchés. Plusieurs peines allant de 18 mois à 3 ans de prison ferme et des amendes allant de 200 000 à 1 million de dinars avaient en ce sens été prononcées.
Clamant pour leur part leur « innocence », les trois frères Kouninef, placés sous mandat de dépôt dès le mois d’avril 2019, avaient fait savoir par la voix de leurs avocats qu’ils feraient appel du jugement. Leur ligne de défense avait consisté à nier l’ensemble des accusations, en expliquant que toutes les opérations étaient légales. Plusieurs coaccusés, collaborateurs dans les entreprises filiales du groupe « KouGC » avaient pour leur part déclaré qu’ils n’étaient « pas au courant de l’existence ni du montant des prêts octroyés à certaines filiales du groupe ».