Le procès en appel de l’affaire Kouninef a pris fin tard dans la soirée de dimanche à la Cour d’Alger par les dernières plaidoiries des avocats de la défense. L’audience a été l’occasion de plaider «l’innocence» ; les avocats arguant notamment que l’accusation n’a pas réussi à fournir les preuves de culpabilité. Les principaux accusés, poursuivis par la justice pour «trafic d’influence», «blanchiment d’argent», «obtention d’indus avantages», «détournement de fonciers et de concessions», ainsi que «non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics», avaient été condamnés en première instance à des peines lourdes, variant entre 12 et 20 ans de prison. Le verdict final du procès en appel devrait être prononcé le 31 décembre prochain.
En ce sens, les avocats de la défense, pour qui le dossier d’accusation est «inconsistant», ont tenté au cours d’une plaidoirie de plusieurs heures de «présenter les preuves innocentant leurs clients» en se focalisant notamment sur l’accusation d’obtention illégale de prêts bancaires au bénéfice du groupe Kou GC, réunissant les entreprises des accusés. Le montant total de ces prêts, obtenus grâce à des «complicités» selon l’accusation, avait en effet été évalué lors du procès au Tribunal de Sidi M’hamed à «plus de 260 milliards de dinars algériens, dont 186 milliards de dinars dus aux crédits injustifiés octroyés au groupe par des banques publiques et 75 milliards de DA aux indus privilèges».
Ainsi l’avocat de l’accusé Rédha Kouninef, condamné en première instance à 16 ans de prison et 8 millions de dinars d’amende, a expliqué que la police judiciaire avait présenté un compte-rendu «incomplet» et plus encore, aurait «dissimulé des pièces et des informations». L’avocat faisant également remarquer que les gouverneurs des banques nationales ont affirmé durant leurs auditions que les prêts dont ont bénéficié les frères Kouninef avaient été consentis dans un «cadre légal».
Quant aux «dissimulations» évoquées par l’avocat, il s’agirait de pièces prouvant que son client et ses frères n’ont pas transféré de devises à l’étranger.
Ligne de défense qui reste identique à la stratégie suivie tout au long de «l’affaire», tant au Tribunal de Sidi M’hamed que lors de l’appel à la Cour d’Alger. Les trois accusés principaux ont en effet maintenu que l’ensemble de leurs opérations financières étaient «légales», et faites selon la loi. Même chose pour les co-accusés, dont Kaddour Bettahar, gérant du groupe Kou GC, qui avait été condamné à 8 ans de prison ferme, avec des amendes de 8 millions de DA chacun et la confiscation des biens à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Ses avocats demandent aujourd’hui la révision du jugement en arguant que les poursuites «ont été engagées collectivement, qu’il s’agit de personnes morales ou physiques».
L’accusation de financement occulte de parti politique a également été réfutée par la défense en invoquant encore «l’absence» de preuves matérielles. Ainsi, sans nier avoir financé le candidat Bouteflika lors de la campagne du quatrième mandat (2014), Redha Kouninef a insisté sur la légalité de sa démarche : «Je n’avais pas financé un parti politique (…) j’ai financé un candidat, et la loi électorale de 2012 n’interdit pas cela». Les avocats ont en ce sens présenté un chèque bancaire de Rédha Kouninef à la campagne du candidat à la présidentielle Abdelaziz Bouteflika. Ajoutant que la source du montant était «un crédit légal de la société Kou GC», la «preuve» serait pour eux le document du Conseil constitutionnel validant la légalité des sources financières dont a bénéficié le candidat Bouteflika.
Verdict final, qui devrait quant à lui être prononcé le jeudi 31 décembre prochain. Il est à rappeler que le Procureur avait demandé à ce que les peines soient renforcées, en requérant 18 ans de prison ferme assortie d’une amende de 8 millions de DA l’encontre de Rédha Kouninef, 15 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 8 millions de DA, contre ses frères Abdelkader-Karim et Tarek-Noah ainsi que 10 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 8 millions de DA contre le gérant du groupe, Kaddour Bettahar. Souad Kouninef, qui reste quant à elle toujours «en fuite à l’étranger», avait été jugée par contumace à 20 ans de prison avec le lancement d’un mandat d’arrêt international.