L’ajournement du jugement de l’ancien garde des Sceaux est expliquée par la contamination au coronavirus de nombreux avocats concernés par l’affaire.

Par Nadir Kadi
La cour d’appel criminelle du Tribunal d’Alger a reporté, hier, à la prochaine session criminelle le procès de l’ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux, Tayeb Louh, dans lequel sont également poursuivis l’ancien conseiller de la présidence Saïd Bouteflika ainsi que l’homme d’affaire Ali Haddad et d’ex-cadres du secteur de la justice dont l’inspecteur général. En cause, selon des sources de presse, l’infection d’un «certain nombre d’avocats» de la défense par le virus de la Covid-19 ; une situation qui aurait rendu l’audience impossible et conduit le tribunal à inscrire l’affaire à la prochaine session criminelle.
Dossier qui avait, pour rappel, abouti en première instance, en octobre dernier, à l’annonce d’une peine de deux ans de prison ferme contre Saïd Bouteflika et Ali Haddad, mais surtout de 6 ans de prison ferme contre l’ex-ministre de la Justice. La Cour d’appel devait en ce sens revoir les charges retenues contre les prévenus et notamment «incitation à la falsification de procès-verbaux officiels», «incitation à la partialité», «abus de fonction», «entrave au bon fonctionnement de la justice». Le procès reste toutefois, «à cause de la Covid», dans l’attente de la «prochaine session» ; une situation récurrente ces derniers jours.
La même justification avait notamment été rapportée, jeudi, suite au report par le Tribunal de Sidi M’hamed (Alger) du procès de l’ancien wali, Abdelwahid Temmar, au 10 février, et à la demande du collectif de défense en raison de l’atteinte de l’un des accusés de Covid-19. La même situation avait également été constatée lors du procès de l’ancienne ministre Djamila Tamazirt, reporté lui aussi au 10 février à cause de l’infection de l’avocat de l’accusée par le coronavirus. Quant aux points de vue des avocats sur l’impact des contaminations sur les tribunaux, ils restent difficiles à évaluer. Plusieurs robes noires, questionnées à ce sujet hier, nous confirment que certains de leurs collègues sont absents pour cause de maladie, toutefois, ils ajoutent «il n’y a pas de chiffres, pas de centralisation du nombre de collègues malades». Et dans cette logique, les reports d’audience ne seraient également pas un indicateur fiable sur le taux de contaminations des avocats : «On ne peut pas forcément savoir, les Ordres des avocats ne sont pas toujours prévenus (…) Souvent un avocat malade demande à un collègue de le remplacer et le travail continue sans lui.» Toutefois, l’impression générale d’un des avocats interrogés est que la situation est relativement moins grave que l’année dernière : «Il ne se passait pas 15 jours sans que l’on apprenne qu’un collègue est mort (…) Maintenant, il y a toujours des collègues qui décèdent, mais les précédentes vagues ont donné l’impression que la situation était pire.»