Le procès en appel de Saïd Bouteflika (frère et conseiller de l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika), Mohamed Mediène dit Toufik, Athmane Tartag dit Bachir (tous deux généraux à la retraite des services de sécurité), et de Louisa Hanoune (secrétaire générale du Parti des travailleurs) s’est poursuivi, hier, pour la deuxième journée consécutive, au tribunal militaire de Blida.

La matinée a été consacrée au réquisitoire du procureur général près le tribunal militaire, à l’issue duquel des peines de 20 ans de prison ferme à l’encontre de chacun des accusés ont été requises dans l’affaire de «crimes de complot ayant pour but de porter atteinte à l’autorité militaire et de complot contre l’autorité de l’Etat». Lors du premier procès, à l’issue de son réquisitoire, le procureur général avait également requis une peine de 20 ans de prison contre les quatre accusés. Après délibération, les peines prononcées étaient de 15 ans de prison ferme.
Lors de la journée d’hier, à l’exception d’Athmane Tartag qui, encore une fois, a choisi de rester dans sa cellule et de ne pas assister à son procès, Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène et Louisa Hanoune étaient présents dans la salle d’audience. Durant la séance de la matinée, après le réquisitoire du procureur général, c’étaient au tour des plaidoiries de commencer. La première était celle de la secrétaire générale du PT. Se sont ensuite enchaînées, l’après-midi, les plaidoiries des autres prévenus à l’issue desquelles les avocats de la défense ont plaidé pour «l’acquittement pur et simple» de leurs clients, estimant que «toute cette affaire n’avait même pas lieu d’être» et qu’«il n’y avait aucun complot tel que retenu dans les chefs d’inculpation».
A ce propos, des sources concordantes ont affirmé que Saïd Bouteflika, qui avait choisi de garder le silence et de quitter la salle d’audience lors du premier procès, a fait des «révélations inattendues» ce dimanche. Dans ses réponses aux juges, il a déclaré que «c’est Gaïd Salah qui a fait pression sur mon frère pour qu’il accepte de se porter candidat à un 5e mandat successif. Il était venu le voir à trois reprises à la résidence de Zéralda pour le persuader d’accepter de se porter candidat aux élections d’avril 2019. Tayeb Belaïz et Ahmed Ouyahia ont été témoins de ces réunions».
Le frère cadet de l’ex-Président a poursuivi en racontant ce qui s’est passé entre lui et le défunt Gaïd Salah le 23 mars 2019. Selon les mêmes sources, Saïd Bouteflika a révélé l’avoir rencontré en cette date et informé son frère était prêt à démissionner de la présidence de la République. «Le 23 mars 2019, j’ai rencontré Ahmed Gaïd Salah et je lui ai annoncé que mon frère est prêt à démissionner de ses fonctions de président de la République. Nous avons conclu que mon frère termine ses jours en tant que chef de l’Etat en procédant à l’inauguration de la Grande Mosquée d’Alger et du nouvel aéroport international d’Alger. Le jour même, Ahmed Gaïd Salah a rendu visite à mon frère pour lui lire une lettre en français et en arabe pour rendre hommage à ses efforts et à son bilan. C’était la lettre d’adieu que l’Armée devait dédier à mon frère», a affirmé Saïd Bouteflika face aux juges, selon les mêmes sources. Ces dernières ont également fait savoir que «le frère conseiller de l’ancien Président a assuré qu’il avait consulté Tayeb Belaïz, en tant qu’ancien président du Conseil constitutionnel, et que celui-ci lui aurait assuré, à son tour, que les manœuvres politiques auxquelles il s’était adonné au mois de mars 2019 ne constituaient nullement un complot fomenté contre l’Etat».
Il y a lieu de relever que les plaidoiries se sont poursuivies jusqu’en début de soirée. Les avocats de la défense se sont basés, disent-ils, sur le fait que «les quatre accusés sont des responsables ou d’anciens responsables qui se sont réunis pour échanger sur une situation politique connue. De ce fait, ces personnes tentaient de trouver un successeur à un Président qui avait renoncé à son mandat». «Il n’y a rien d’illégal dans la réunion qui avait réuni Saïd Bouteflika, Mohamed Mediène et Louisa Hanoune», ont-ils encore insisté.
Notons que le verdict contre les quatre accusés dans cette affaire était attendu dans la soirée d’hier. <