Le verdict dans les deux affaires qui lient Abdelkader Zoukh aux hommes d’affaires Mahiedine Tahkout et Ali Haddad est attendu pour le 15 février prochain.

Le procès en appel, décidé suite au pourvoi en cassation déposé par la défense, a été ouvert samedi au niveau de la Cour de justice de Tipasa et intervient moins de deux mois après un jugement en première instance face à la même juridiction. L’ancien wali d’Alger, en poste entre 2013 et 2019, avait pour rappel été incarcéré le 8 décembre dernier à l’issue d’un jugement ayant mis en avant les liens d’intérêt qui le lierait, selon l’accusation, aux responsables et hommes d’affaires de l’ère Bouteflika, Abdelghani Hamel (ex-DGSN), Mahieddine Tahkout et Ali Haddad (ex-FCE).
L’ancien responsable politique avait été pour rappel condamné à des peines de 4 et 5 ans de prison ferme en plus du versement de 10 millions de dinars de dédommagement «pour les pertes subies par le Trésor public», et d’une interdiction d’exercer des responsabilité ou poste politique durant 3 ans après expiration de sa peine. La première journée d’audience a largement été marquée samedi dernier par un retour sur «l’affaire» des avantages accordés par l’ancien wali à l’homme d’affaires Mahiedine Tahkout. Abdelkader Zoukh, apparu affaibli, a néanmoins rejeté les charges retenues contre lui, notamment «trafic d’influence», «corruption», «offre d’indus avantages» mais également «pressions sur agent public». Faisant en substance savoir qu’il avait traité les demandes de l’homme d’affaire en respectant les procédures.
En ce sens, l’ancien wali Abdelkader Zoukh explique notamment à propos de la dizaine d’assiettes foncières accordées par les services de la wilaya à l’investisseur Tahkout, que ce dernier avait obtenu les autorisations techniques pour certaines ou «régularisé sa situation» pour les autres. «Il y avait une commission technique, elle a donné un avis favorable (…) je ne me suis pas immiscé dans les considérations techniques», déclare en effet Abdelkader Zoukh à propos de l’octroi de 4 terrains dans le quartier de Bab Ezzouar pour la réalisation d’entrepôts. Quatre zones qui étaient pourtant considérées comme «non-constructibles» à cause du passage de câbles ou de leur proximité avec une voie de chemin de fer. L’enquête avait, pour rappel, mis en avant plus de 70 000 m2, obtenus au niveau des zones industrielles et d’activités de Réghaïa, Bab Ezzouar ou encore Zéralda et Bordj El-Kiffan.
Quant au dossier de location de près de 300 autobus à l’entreprise de Mahiedine Tahkout au tarif de 19 000 dinars par jour et par bus, l’ex-wali déclare : «Je n’entre pas dans le choix des opérateurs (…) Mon but était de renforcer le réseau de transport pour les citoyens.» Ses avocats, qui ont également réfuté tout «lien d’intérêt» ou acte de corruption derrière de tels marchés, ont mis en avant l’absence de preuve matérielle. «S’il était corrompu, on aurait trouvé dans ses comptes plus de 900 000 dinars». Une version renforcée samedi par l’ancien ministre des Transports, Abdelghani Zaâlane, pour qui la location de bus auprès du «seul soumissionnaire» Mahiedine Tahkout avait «permis de gagner du temps et de l’argent» à un moment où l’entreprise publique de transport d’Alger ne pouvait récupérer les «bus commandés depuis 2010 chez la SNVI».
Une défense qui n’a cependant pas convaincu le Tribunal, le procureur requérant dans la soirée le durcissement des peines en demandant hier «15 ans de prison» dans le dossier Zoukh-Tahkout. Même chose dans l’affaire qui lie l’ex-wali à l’homme d’affaires Ali Haddad, une peine de 10 ans de prison ferme en plus d’un million de dinars d’amende et 10 millions de dédommagement au Trésor public. Ce dernier dossier, qui cite l’ex-président du FCE Ali Haddad, retient également la charge d’octrois d’indus avantages. Le procès en première instance avait par ailleurs mis en avant des «interventions» et pressions de l’ex-wali en faveur de l’homme d’affaires dans le but de «bloquer» des dépôts de plaintes.