Le procès en appel de l’affaire Ali Haddad, ouvert dimanche dernier à la Cour d’Alger (Ruisseau), a été l’occasion d’aborder la question des conditions d’attribution des concessions aux entreprises du groupe de l’ex-homme d’affaires et ex-président du FCE. Le juge, après avoir auditionné les anciens responsables politiques durant les premiers jours, a appelé, hier en matinée, à la barre les anciens directeurs des ports d’Alger et de Béjaïa, mais aussi le président de la Commission nationale de gestion des activités minières. Le fond du dossier d’accusation, jugé pour rappel en première instance en juillet dernier par le Tribunal de Sidi M’Hamed, évoque, en effet, l’existence d’irrégularités et de probables conflits d’intérêt dans l’attribution de certains marchés au groupe ETRHB. Une question également abordée hier lors de l’audition de l’ancien responsable des sports de la wilaya de Tizi-Ouzou à propos du projet de construction du nouveau stade de la ville.
Audience marquée par la comparution de plusieurs accusés et témoins, venus pour la plupart librement à la salle d’audience. La juge a ainsi entendu l’ancien directeur du port de Béjaïa entre 2011 et 2018, Achour Djelloul, à propos des conditions de rachat par Ali Haddad de l’entreprise Cimed, implantée au sein même de l’enceinte portuaire. L’ancien responsable du port fait ainsi savoir qu’après la cessation des activités de la Cimed en 2010, les responsables du port ont fait une offre pour récupérer les deux hangars de l’entreprise, apparemment sans résultat durant plusieurs années, comprendra-t-on. Ali Haddad «avait également fait une offre de son côté dans le contexte de la tension sur le ciment de 2015 (…) Il avait un projet d’importation de ciment». Question des concessions portuaires également développée par l’ancien cadre au ministère des Transports et directeur de la Marine marchande et des ports, Abdelkrim Rezal. Ce dernier a fait savoir qu’un «vide juridique» avait compliqué l’attribution des concessions à l’intérieur des ports. «En l’absence d’un décret, on a suivi la règle générale de gestion des domaines». Avant d’ajouter que l’attribution des concessions avait cessé en 2018 à la demande du Premier ministre «mais cela ne s’appliquait qu’aux nouvelles demandes». Expliquant que durant le période de ses fonctions «nous avions recensé 205 concessions publiques et privées dans les ports, cela existait depuis longtemps (…) Pour un directeur de port les concessions sont l’occasion d’une rentrée d’argent».
Quant à la question de l’attribution des concessions minières, Ziboune Ahmed, qui était directeur de la commission d’attribution (sous la tutelle du ministère de l’Energie et des Mines), explique : «Durant mon mandat, 878 autorisations ont été données dont celle de Ali Haddad. Toutes ont été signées selon la loi et à l’unanimité de la commission». L’ancien homme d’affaires condamné, pour rappel, en première instance à 18 ans de prison ferme, aurait en effet obtenu 37 concessions de prospection et d’exploitation minières à travers le pays et n’aurait par ailleurs pas bénéficié de traitement de faveur, affirme-t-on. «A Bouira, nous avions constaté un problème, les déclarations ne collaient pas avec l’activité constatée (…) Il a été sanctionné puis suspendu. La loi a été appliquée quand il ne payait pas la redevance». Audience où le dossier de la construction du stade de Tizi-Ouzou a également été abordé, l’ancien directeur des sports de la wilaya, Abderrahmane Iltache, explique qu’il avait accepté que le groupe ETRHB poursuive l’activité laissée vacante après le départ du partenaire espagnol FCC Construction. «J’ai signé parce qu’il y avait tous les documents (…) et cela était sans incidence sur les finances», a-t-il dit, expliquant que cette décision était la «bonne». «Quand je suis arrivé, le projet était à 40% (…) et le résultat avait été atteint 85%, sauf l’installation des équipements». Les retards seraient la conséquence de retards de paiements, selon le témoignage du responsable. <