Le procès en appel de «l’affaire» Ali Haddad s’est poursuivi, hier, à la Cour d’Alger avec les plaidoiries des avocats de certains des principaux co-accusés de l’ex-homme d’affaires. Notamment des anciens ministres de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda et Youcef Yousfi. Deux anciennes personnalités politiques de premier plan, condamnées dans cette affaire en première instance à deux ans de prison ferme chacun pour «mauvaise gestion» et conflits d’intérêt dans la mise en œuvre de la politique de montage automobile. Les avocats des deux anciens responsables ont, cependant, plaidé «l’abandon» pur et simple des charges retenues contre leurs clients.
En effet, l’audience d’hier matin s’est concentrée sur le rôle des deux anciens ministres dans l’attribution des autorisations aux projets d’Ali Haddad. Il s’est notamment agi du «cas» de l’usine de montage de camions Savem implantée dans la wilaya de Bouira, et sur laquelle plane de forts soupçons de favoritisme et d’irrégularités. D’autant, explique-t-on, qu’un contrôle de l’IGF aurait démontré «l’absence d’activité» réelle sur le site. Accusations néanmoins rejetées par la défense de Mahdjoub Bedda, l’un de ses avocats explique que la signature par son client, le 9 août 2017, de «l’avis technique n°453» qui a autorisé le projet était «conforme à la loi» et la dernière étape d’un long processus «débuté avant même» la nomination du ministre. «Cette signature n’est que la dernière touche», le contrôle de la conformité des pièces du dossier n’étant de surcroît «pas de la responsabilité du ministre, mais des différents services du ministère». Quant à l’absence d’activité sur le site, elle s’explique selon la défense par l’état d’avancement du projet d’Ali Haddad, «encore à l’étape de l’assemblage des 7 prototypes de camions» et dans l’attente de nouvelles autorisations. A ce titre, l’un des avocats de l’ancien ministre de l’Industrie nous explique à l’issue de l’audience que ce «seul et unique» dossier retenu contre son client était «vide» : «On le poursuit pour des actes de gestion (…) alors qu’il a mis en œuvre une politique». La défense appuyant également sa plaidoirie en revenant sur la «personnalité» de Mahdjoub Bedda : il «a été le seul à dire que cette ‘industrie automobile’ n’était qu’une importation déguisée. Cela n’a pas plu à celui qui a usurpé la fonction du Président, c’est pour cela qu’il a été remplacé en moins de trois mois».
Une ligne de défense qui consiste ainsi à relativiser la vision que peut avoir un ministre, à rappeler les «limites des attributions et responsabilités» qui lui incombent. L’avocat de Youcef Yousfi a, dans cette même idée, expliqué que son client «ne peut porter les erreurs des autres (…) Ce n’était pas à lui, ministre, d’effectuer les contrôles». Des contrôles qui auraient dû être effectués par ses subalternes ou les structures spécialisées de l’Etat, comprend-on. Et à ce propos, les avocats ont posé des questions sur le rôle qu’auraient pu avoir certains cadres du ministère dans l’élaboration des dossiers présentés au ministre pour signature, d’autant que certains de ces cadres auraient, selon eux, été «placés» plus tard à des postes de responsabilité au FCE, présidé par Ali Haddad.
Audiences du procès Ali Haddad qui se concentre ainsi sur les dernières plaidoiries des avocats de la défense après que le Procureur général a requis, dimanche, «le renforcement des peines». Le verdict est, lui, attendu «au plus tôt dans une semaine à dix jours après la fin des audiences», estime l’un des avocats.
La journée de lundi avait, pour rappel, été marquée par l’intervention des avocats de l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ainsi que des ministres des Transports et des Travaux publics, Amar Ghoul et Abdelghani Zaalane. Tous ont clamé l’innocence de leurs clients. L’avocat d’Abdelmalek Sellal soulignant notamment, selon l’APS, que l’ancien Premier ministre «ne faisait qu’exécuter le programme de l’ancien Président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lequel programme a été adopté de surcroît par les deux chambres du Parlement». <