La Cour de justice de Tipasa a ouvert, hier, le procès en appel de l’ex-wali d’Alger, Abdelkader Zoukh. Un nouveau procès qui fait suite au pourvoi en cassation déposé par les avocats de la défense.

Abdelkader Zoukh, en poste à la wilaya d’Alger entre 2013 et 2019, avait, pour rappel, été jugé en décembre dernier en première instance pour des faits de «corruption», «offre de privilèges injustifiés à un tiers» ou encore «abus de fonction». La justice, qui lui reproche plus précisément ses liens d’intérêt présumés avec trois personnalités politiques et économiques, l’ex-DGSN Abdelghani Hamel, Mahieddine Tahkout et Ali Haddad, l’avait condamné et mis en détention le 8 décembre dernier à l’issue du procès. Des peines de 4 et 5 ans de prison avaient été prononcées contre l’ancien responsable politique, en plus du versement de 10 millions de dinars de dédommagement pour les pertes subies par le Trésor public et d’une interdiction d’exercer toute responsabilité ou poste politique durant 3 ans après expiration de sa peine.
En effet, questionné hier matin par le juge sur ses liens avec l’homme d’affaire Mahieddine Tahkout, Abdelkader Zoukh a purement et simplement rejeté toutes les charges de corruption et d’octrois d’indus avantages. L’ex-wali d’Alger expliquant en substance avoir suivi la législation dans le traitement de toutes demandes d’assiettes foncières destinées aux investissements. Les demandes de M. Tahkout n’étant que «des dossiers parmi d’autres», «j’ai traité plus de 1 000 dossiers d’investissements en 6 ans, 500 ont été accordés, les autres refusés par manque de foncier». Ajoutant par ailleurs que les terrains accordés à l’homme d’affaires étaient connus des différents secteurs. «Tahkout m’a demandé de régulariser sa situation quant à l’utilisation de plusieurs assiettes foncières pour des projets d’investissement» a ainsi impliqué hier les services des ministères de l’Habitat et de l’Industrie de l’époque. La demande de Mahieddine Tahkout aurait en effet été satisfaite «avec l’accord du ministère de l’Habitat et du secteur de l’Industrie».
Quant aux 4 terrains accordés aux entreprises de Mahieddine Tahkout dans le quartier de Bab Ezzouar pour la réalisation d’entrepôts, des zones pourtant considérées comme «non-constructibles» à cause du passage de câbles ou de leurs proximités avec une voie de chemin de fer, l’ex-wali d’Alger explique en réponse à une question du juge : «Il y avait une commission technique qui a donné un avis favorable (…) Je ne me suis pas immiscé dans les considérations techniques.» La même logique de défense a par ailleurs été suivie en ce qui concerne le marché de location d’autobus pas l’Etusa à l’opérateur Mahieddine Tahkout. L’ex-wali Abdelkader Zoukh, se déclarant éloigné des détails, explique avoir uniquement donné l’instruction aux directeurs des transports de la capitale de trouver des solutions : «Je n’entre pas dans le choix des opérateurs (…) mon but était de renforcer le réseau de transport pour les citoyens.» Procès en appel qui doit se poursuivre dans les prochains jours, Abdelkader Zoukh avait également été jugé pour ses liens présumés avec l’ex-DGSN Abdelghani Hamel. Le procès en première instance avait en ce sens mit en avant l’octroi «d’indus privilèges» à la famille de l’ex-DGSN, notamment d’un bien foncier de 7 128 m2 dans la zone de Bab Ezzouar pour la réalisation d’un centre commercial et d’un hôtel. Quant aux liens reprochés par la justice entre l’ex-wali d’Alger et l’ancien président du Forum des entreprises Ali Haddad, ils concerneraient entre autres des «interventions» en faveur de l’homme d’affaires dans le but de «bloquer» des dépôts de plaintes. <