Le traitement du double dossier du «montage» automobile et du financement occulte de la campagne électorale de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, a été marqué tout au long de la journée de lundi par l’audition, à la Cour d’Alger, des hommes d’affaires Ahmed Maazouz et Mohamed Bairi. Le procès, rouvert samedi, suite au feu vert de la Cour Suprême au pourvoi en cassation introduit par les avocats de la défense, a ainsi été l’occasion pour les prévenus, condamnés en appel à 4 et 3 ans de prison, de clamer leur innocence. Rejetant tout deux les lourdes charges retenues par l’accusation, dont «incitation d’agents publics à exploiter leur influence», «blanchiment de revenus criminels».
En effet, questionné lundi après-midi notamment sur son éventuelle participation au financement de la campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika, Mohamed Bairi a fait savoir, selon l’APS, qu’il n’avait «pas participé au financement». L’ex-homme d’affaires, mais aussi vice-président de l’ancien Forum des chefs d’entreprise (FCE), a par ailleurs innocenté «son ancien supérieur» en ajoutant que Ali Haddad ne lui avait pas demandé de financer la campagne. Plus tôt dans la journée, la version d’Ahmed Mazouz était différente, en faisant savoir qu’il avait été «sollicité» par Mohamed Bairi en vue de participer à la collecte de fonds de soutien «(Mohamed) Bairi m’a contacté, en me disant que la campagne allait commencer et qu’il fallait aider le candidat libre Bouteflika».
Le même prévenu, en expliquant qu’à sa connaissance, «Mohamed Bairi n’a pas contribué, il me l’aurait dit», a cependant fait savoir à propos du rôle de l’ex-président du FCE Ali Haddad : «Il (Mohamed Bairi) m’a dit que Ali Haddad avait déjà donné 180 milliards», ajoutant plus loin à propos de sa contribution de 39 milliards de centime : «Si j’ai donné à Ali Haddad, c’est que le FCE se chargeait de la campagne, il représentait les hommes d’affaires». En ce sens, une «contribution» que Ahmed Mazouz explique n’avoir pas récupérée : «On ne m’a toujours pas rendu cet argent.» Il fait également savoir qu’elle ne constitue pas à ses yeux un délit : «J’ai donné un chèque en mon nom adressé à la campagne du candidat libre Abdelaziz Bouteflika», «je suis un citoyen algérien, je donne de l’argent là où je vois qu’il y a du positif pour le pays».
Quant à la question de la politique du «montage» automobile, un dossier pour lequel les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ont notamment été auditionnés dès samedi, dans le but d’éclaircir les accusations «d’octroi d’indus privilèges», Ahmed Mazouz qui avait déposé trois projet de montage d’autobus, utilitaire et voiture, a ainsi nié avoir eu le moindre avantage, accusant au contraire l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia «d’avoir détruit ses investissements dans le montage des véhicules à Sétif en 2008». Une accusation à laquelle Ahmed Ouyahia a répondu depuis la prison d’Abadla (Béchar) en expliquant que les activités du montage des véhicules de Maazouz, ainsi que celles d’autres opérateurs, se faisaient à cette époque «en dehors des cadres de l’Etat».
Egalement interrogé dans le dossier des avantages indus, l’homme d’affaire Mohamed Bairi, promoteur au départ d’un projet d’investissement dans le domaine de la céramique sanitaire, dans la wilaya de Bouira, a expliqué n’avoir bénéficié d’aucun avantage, en tenant pour preuve que son dossier «n’a même pas été étudié par le Conseil national de l’investissement (CNI)». Le transfert du projet de céramique de la région de Ouled Hedjaj (wilaya de Boumerdès) vers Bouira, s’expliquerait, ajoute l’accusé, par la nature du terrain en sa possession à Boumerdès et l’impact de l’activité sur la population et l’environnement. C’est pourquoi «j’ai décidé de transférer l’investissement vers Bouira et de réaliser une usine de montage automobile sur le terrain que j’ai obtenu», explique-t-il, en niant en substance l’obtention de facilités illégales de la part de responsables politiques, et niant connaître personnellement l’ancien ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb. <