A la suite du réquisitoire du Procureur de la République contre les 102 accusés dans l’affaire du lynchage et de l’assassinat de Djamel Bensmaïl, en aout 2021, les avocats des parties civiles, et notamment de la famille de la victime, ont également présenté samedi leurs arguments.

Par Nadir Kadi
Un seul sentiment domine, une volonté de justice et une application stricte des peines contre les auteurs du meurtre. Le procès, ouvert mardi dernier, notamment marqué par les passages à la barre des suspects, puis la présentation des éléments matériels, avait abouti dans l’après-midi à un requis particulièrement lourd ; 76 accusés risquent en effet le «peine capitale» et les autres «10 ans de prison ferme ».
La procédure judiciaire confiée au tribunal criminel de Dar El Beïda entre dans sa dernière étape avec les plaidoiries des avocats des parties civiles, puis celles de la défense. Les premiers ont insisté sur la responsabilité des accusés, l’un des avocats du collectif représentant la famille de la victime, lance en direction des suspects : «Comment peut-on se prendre en photo avec des corps en feu (…) Avez-vous perdu votre humanisme ?» Une avocate du même collectif a par ailleurs insisté sur le choc subi par les proches de Djamel Bensmaïl, et notamment suite aux photos et vidéos publiées par certains des auteurs sur les réseaux sociaux. L’un de ses confrères ajoutant, quant à lui, selon des sources de presse, que le meurtre est d’autant plus grave qu’il comporte des motivations séparatistes : «Djamel a été tué et brûlé par quelques personnes qui militent pour arracher une partie de l’Algérie», avant de demander l’application de peines maximales contre les accusés. Quant à l’avocat du propriétaire de la Clio blanche, dans laquelle se trouvait Djamel Bensmaïn avant d’être agressé par une foule qui les aurait pris pour des pyromanes, il a réfuté l’argument des accusés avançant que le véhicule était «suspect» : «… Les deux passagers de la Clio sont venus pour aider la population. Quelqu’un a arrêté leur voiture. La suite vous a été racontée par le chauffeur (…) Il a même identifié à l’audience celui qui l’a arrêté.» Ajoutant plus loin «… Les agresseurs parlaient de véhicules sans immatriculation, or la Clio avait sa plaque et quelqu’un l’a enlevée. Ces jeunes ont échappé à la mort. Toute la foule courait derrière le policier qui avait mon client Bouzrara Fouad, propriétaire de la Clio».
Par ailleurs, il est à noter que le procureur a donné, lors de l’audience de samedi, plusieurs éléments confortant les positions des parties civiles. Ainsi, le contenu du procès-verbal de l’autopsie, jusque-là confidentiel, démontre la violence de l’agression, les coups et les circonstances du décès de Djamel Bensmaïn. Le procureur explique, en effet, que «plusieurs coups de couteau» ainsi que des traumatismes, dont des «blessures profondes», ont été constatés par la médecine légale. Quant aux déclarations de certains accusés avançant qu’ils étaient en état de choc dans le contexte des dramatiques incendies de forêt de 2021, ou encore qu’ils se trouvaient en état d’ivresse lors du crime, le procureur estime que cela ne constitue pas une circonstance atténuante, mais peut au contraire être un élément aggravant dans le second cas.
Rappelons que le procureur général a requis samedi des peines allant de 10 ans de prison ferme à la peine capitale à l’encontre des accusés dans l’affaire du jeune Djamel Bensmaïn, assassiné en août 2021 à Larbaâ Nath Irathen (Tizi Ouzou).
Cent-deux (102) accusés, dont quatre (4) femmes sont poursuivis dans cette affaire pour plusieurs chefs d’accusation, à savoir la commission d’actes terroristes et subversifs contre l’Etat, l’unité nationale et la stabilité et le fonctionnement normal des institutions, en semant la terreur au sein de la population et en créant un climat d’insécurité en agressant des personnes, en mettant leur vie en danger et en portant atteinte à leurs biens, ainsi que la participation à un homicide volontaire avec préméditation et guet-apens.
Dans son réquisitoire, le procureur général a souligné que ce crime avait pour objectif la déstabilisation du pays, à travers les tentatives du mouvement terroriste «MAK» et de ceux qui embrassent ces idées de l’engouffrer dans un tunnel sombre. Le crime qui a coïncidé avec les incendies de forêts enregistrées durant l’été 2021 a été commis suite à «un complot ourdi visant à semer le trouble et la zizanie», a-t-il ajouté.
Pour rappel, des vidéos montrant des détails du Meurtre du jeune Djamel Bensmaïn ont été également projetées durant la matinée. n