Le pôle pénal spécialisé dans les affaires de corruption du Tribunal de Sidi M’hamed a fait savoir, hier, selon plusieurs sources, que le verdict de l’affaire «Amenhyd» sera prononcé le 19 janvier prochain. Une annonce qui clôture un procès ouvert mercredi dernier et qui intervient au lendemain du réquisitoire final du procureur de la République qui a demandé de peines de pas moins de «8 ans de prison ferme et un million de dinars d’amende» contre l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, l’ex-ministre des Ressources en eau, Hocine Necib, et Djamel Eddine Chelghoum, Président-Directeur général du groupe spécialisé dans l’hydraulique Amenhyd. Les charges retenues dans cette affaire relèvent, selon la justice, de la «dilapidation de deniers publics», «d’abus de fonction» ou encore «d’octroi d’indus avantages».
Dossier pénal qui cite également les noms de plus d’une dizaine d’anciens responsables et de cadres de l’Etat, dont les anciens walis de Relizane, Hadjri Derdouf, d’Aïn Defla, Abbas Kamel, de Sidi Bel Abbès, Mohamed Hattab, et d’Alger, Abdelkader Zoukh, qui risquent tous jusqu’à 6 ans de prison.
La justice soupçonne, en effet, les prévenus d’avoir, couvert ou participé à «des violations des règles légales» et des «irrégularités» lors de la conclusion de marchés dans les secteurs de l’alimentation en eau et de l’irrigation agricole.
Des contrats délibérément avantageux pour l’entreprise Amenhyd, propriété des frères Chelghoum, et qui auraient, selon l’accusation, causé «d’énormes» pertes au Trésor public.
Et dans le détail, il est notamment reproché à l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal d’avoir conclu, en 2014, un marché de «gré à gré» avec l’entreprise Amenhyd pour le raccordement de communes de la wilaya au réseau d’alimentation en eau potable (AEP). L’ancien Chef de gouvernement, interrogé jeudi sur les raisons d’un contrat direct avec l’entreprise, sans passer par un appel d’offres classique, a pour sa part défendu sa bonne foi, en mettant en avant le caractère «urgent» du projet, par ailleurs «approuvé par l’ensemble du gouvernement».
La défense des accusés avance par ailleurs qu’aucun traitement de faveur n’a été accordé à l’entreprise des frères Chelghoum, expliquant en ce sens que Amenhyd avait réalisé 800 kilomètres de transferts d’eau et 12 châteaux d’eau en collaboration avec l’entreprise publique Foremhyd, et livré le projet «dans un délai de 22 mois».
Les avocats des accusés appuient également l’argument de «l’urgence» en expliquant qu’un passage par un appel d’offres classique aurait «nécessité au moins 18 mois de plus pour l’examen candidatures».
Quant à l’ancien ministre des Ressources en eau Hocine Necib, ou encore l’ex-wali d’Alger Abdelkader Zoukh, ils avancent des arguments de défense similaires concernant l’octroi du projet Mansoura, dans le cadre d’un marché de gré à gré simple au groupe Amenhyd et de réalisation d’un centre commercial à Ouled Fayet.
Par ailleurs, il est à préciser que la justice a mis en cause plusieurs co-accusés du secteur de l’hydraulique, notamment les anciens Directeurs généraux de l’Algérienne des eaux (ADE), Abdennour Aït Mansour et Amirouche Ismaïl.
Une peine de 8 ans de prison ferme a été requise contre Mohamed Djaadi, l’un des cadres du groupe en fuite à l’étranger avec émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre.
Des peines contre des personnes morales ont également été requises, dont une amende de 32 millions de dinars, contre les entreprises des accusés, avec la confiscation de tous les biens saisis et l’annulation des décisions et des actes de concession.
Concernant les personnes morales, le procureur de la République a requis à leur encontre une amende de 32 millions de DA avec confiscation de tous les biens saisis et annulation des décisions et des actes de concession dont les accusés ont bénéficié, en infraction à la règlementation et à la législation en vigueur.
Les principaux chefs d’accusation retenus contre les accusés sont: dilapidation de deniers publics, abus de fonction, octroi d’indus avantages pour permettre aux propriétaires du groupe d’obtenir des projets d’investissement au gré à gré simple notamment dans l’hydraulique à travers plusieurs régions du pays. n