Par Nadir Kadi
La chambre d’accusation près la Cour de justice d’Alger a reporté, hier, « à la demande de la défense » l’annonce de son avis dans « l’affaire de la cocaïne ». Le dossier, qui remonte à la découverte, le 29 mai 2018, de près de 700 kg de cocaïne en direction du port d’Oran, s’était rapidement transformé en un véritable scandale aux multiples retombées politiques.
Le principal suspect dans cette affaire, l’ex-homme d’affaires Kamel Chikhi, dit El Boucher, pourrait être poursuivi par la justice pour « importation », « recel » et « distribution » de produits stupéfiants, mais aussi pour « blanchiment d’argent ». Plus tôt dans la semaine, la presse avait rapporté que l’enquête de la justice avait « abouti » après près de trois ans d’instruction.
En effet, le magistrat de la 2e chambre du pôle spécialisé qui a mené les investigations est arrivé à ses conclusions fin mai et « toutes les pièces du dossier d’accusation » ont été renvoyées au niveau de la Cour d’Alger. Pour rappel, la juge d’instruction du Tribunal de Sidi M’Hamed avait placé en détention Kamel Chikhi ainsi que deux de ses frères le 9 juin 2018, soit 10 jours après que les garde-côtes, en collaboration avec la Gendarmerie nationale, ont intercepté une cargaison de 701 kilogrammes de cocaïne sur un navire marchand, le Mercury Vega en direction du port d’Oran. Une saisie sans précédent par sa quantité et sa valeur sur le marché du trafic, qui aurait eu pour provenance un pays d’Amérique latine.
Le principal suspect derrière la tentative d’importation de drogue aurait bénéficié de complicité avec ses frères, son directeur commercial, un de ses associé et un contact au niveau du port d’Oran. L’ex-homme d’affaires, notamment connu comme importateur de viande congelée, aurait en ce sens dissimulé la marchandise frauduleuse dans des conteneurs de viande surgelée enregistrés au nom de son entreprise. Son comité de défense, qui s’est récemment exprimé, a laissé entendre qu’aucune preuve établissait de lien entre leur client et la marchandise. Les conteneurs en question auraient été ouverts durant le trajet vers l’Algérie, et plus précisément lors d’une escale en Espagne. « Les conteneurs bourrés de cocaïne ont été ouverts (au port de Valence en Espagne), sans la présence des personnes habilitées, puis refermés et embarqués à bord d’un navire à destination de l’Algérie », ont argumenté les avocats du principal prévenu.