Procès ouvert le 16 novembre dernier au Tribunal de Sidi M’hamed, le jugement des accusés cités dans l’affaire Condor entre aujourd’hui dans sa dernière étape avec les plaidoiries des avocats de la défense. Jeudi, le Procureur de la République avait requis de lourdes peines, notamment 10 ans de prison ferme assortie d’une amende d’un million de dinars contre les anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal. L’une des principales charges retenues dans cette affaire liée à la « corruption » reste, pour rappel, « l’octroi d’indus privilèges » aux frères Benhamadi, propriétaires du Groupe Condor.
En effet, jugement qui s’était attardé sur les « facilitations illégales » et « privilèges injustifiés» accordés au Groupe Condor et ses filiales, plusieurs de ces « dossiers » ont été abordés durant les auditions des prévenus, notamment la réalisation d’une usine de fabrication de médicaments « GP Pharma », la construction d’un centre médical à Skikda ou encore les pertes engendrées lors de la passation de marchés avec l’opérateur public Mobilis.
Revenant ainsi sur le projet «GP Pharma», implanté au niveau la ville nouvelle de Sidi Abdallah (ouest d’Alger), la justice a relevé et pointé le conflit d’intérêt en rappelant que la ville nouvelle était, à l’époque, gérée par l’ancien ministre de la Poste et des Technologies, Moussa Benhamadi. Ce dernier décédé en juillet dernier à la prison d’El Harrach, ses avocats ont, quant à eux, nié toutes les charges avancées. Ajoutant en substance que le décès de l’accusé (et gérant de GP Pharma) rendait le jugement impossible « Moussa Benhamadi est décédé (…) la loi est claire. Doit-on le ramener de sa tombe pour le juger ? »
Le « cas » de la réalisation du centre dédié aux brûlés (Skikda) a été également abordé. Ce centre est géré par une autre filiale du groupe des Benhamadi, la société Travocovia, qui aurait obtenu l’assiette foncière, en 2014, dans des conditions troubles. La justice était également revenue, le 17 novembre dernier, sur les contrats conclus entre le Groupe Condor et Mobilis. Des marchés défavorables pour l’opérateur public et qui auraient conduit à des pertes estimées à 53 milliards de centimes. Les deux anciens Premiers ministres se défendant ici de l’accusation implicite d’avoir couvert les irrégularités, Abdelmalek Sellal insistant entre autres sur le fait que l’affaire était « purement économique ». Qu’elle n’obéit pas à la loi sur les marchés publics et dans laquelle « la puissance publique n’a rien à voir ».
Quant au volet purement politique de l’affaire, il fait le lien entre plusieurs membres de la famille Benhamadi et Abdelghani Zaâlane dans le financement occulte de la campagne électorale de 2019 du président déchu Abdelaziz Bouteflika. Les accusés Benhamadi, selon le Procureur de la République, auraient fait don de plus de 5 milliards de centimes à la direction de campagne électorale de Abdelaziz Bouteflika pour la présidentielle annulée d’avril 2019. Une somme octroyée, selon la justice, « en violation de la réglementation en vigueur » et au travers d’un compte bancaire ouvert spécialement pour recevoir des contributions financières de la part de parties qui n’avaient aucun rapport avec les élections. L’ancien ministre et ancien directeur de campagne Abdelghani Zaâlane risque ainsi jusqu’à 3 années de prison, assortie d’une amende d’un million de dinars. L’objectif de ce financement accordé par Condor était d’obtenir des avantages en retour, a par ailleurs fait savoir le Procureur, en citant notamment de probables promesses de crédits bancaires pour les projets, des licences d’importation et d’accéder à des avantages et privilèges…