Procès débuté le 11 octobre dernier à la Cour d’Alger, la dernière audience du jugement en appel de «l’affaire» Ali Haddad a été l’occasion, mardi, et jusque tard dans la soirée, d’entendre les plaidoiries des avocats de la défense. Tous ont plaidé l’innocence ou au moins la «non-responsabilité» de leurs clients, alors que le Procureur général avait pour sa part requis le durcissement des peines. Le verdict final de cette affaire, liée principalement à la corruption et au trafic d’influence, est attendu le 3 novembre prochain.
Le jugement en première instance au Tribunal de Sidi M’Hamed avait abouti, en juillet dernier, à la condamnation de l’homme d’affaires Ali Haddad à 18 ans de prison ; les anciens Premiers ministres, ministres de l’Industrie, des Transports et autres responsables… avaient, quant à eux, écopé de peines allant jusqu’à 12 ans de prison ferme.
Dernière audience du procès qui a, en ce sens, été l’occasion pour la défense d’Ali Haddad de plaider «l’acquittement», en précisant, selon l’APS, que «les affaires et investissements» d’Ali Haddad «ont été réalisés conformément aux lois en vigueur». Le dossier d’accusation retenu contre l’ancien homme d’affaires, président du FCE et propriétaire du groupe de construction ETRHB, pointe en effet l’existence de liens d’intérêt entre Ali Haddad et d’anciens responsables politiques. Des liens qui lui auraient permis de rafler certains des principaux marchés publics, notamment pour la réalisation de tronçons de l’Autoroute Est-Ouest, de voies de chemins de fer, ou encore de concessions minières ou de projets de montage automobile… Un véritable «réseau» de trafic d’influence qui aurait également profité à la fratrie Haddad ; l’avocat de Rebouh Haddad a, cependant, réclamé l’acquittement de son client : «Il présidait le club de l’USMA d’Alger et n’a pris la gestion du groupe Haddad qu’à partir de mars 2019, suite à l’arrestation de son frère Ali.» Quant au volet plus «politique» des accusations portées contre Ali Haddad, elles ont également été réfutées par la défense, selon laquelle l’ex-homme d’affaires n’a jamais été «impliqué dans le financement de partis politiques ou de campagnes électorales».
Audience finale, qui a par ailleurs été l’occasion d’entendre les lignes de défense de certains des près de 60 «co-accusés» cités dans cette affaire. Avec parmi eux les anciens Directeurs généraux des ports d’Alger, Béjaïa, Mostaganem et Jijel, cités dans cette affaire aux «concessions» accordées aux entreprises d’Ali Haddad. Leurs avocats ont ainsi demandé que leurs clients soient acquittés ; les faits qui leur sont reprochés ne sont, selon la défense, pas soumis au code des marchés publics : «L’autorité portuaire ne relève pas de leurs prérogatives, mais de celles de la tutelle.»
Quant aux avocats des deux anciens ministres de l’Industrie, Mehdjoub Bedda et Youcef Yousfi, tous deux condamnés en première instance à 2 ans de prison ferme assortis d’une amende de 500 000 dinars chacun, ils ont invoqué hier la non-responsabilité. L’un des avocats de Mehdjoub Bedda nous précise en marge de l’audience qu’«on le poursuit pour des actes de gestion», «il a mis en œuvre une politique». Un moyen d’expliquer que l’accord donné par son client en août 2017 au profit du projet de montage de camion Savem d’Ali Haddad, était «une opportunité économique» saisie par l’ancien ministre dans le cadre de la politique du gouvernement de l’époque. Plus tôt durant le procès en appel, les deux principaux co-accusés Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, mais aussi les ex-ministres Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, avaient également plaidé l’innocence et réfuté tout favoritisme de leur part au profit du groupe économique d’Ali Haddad. Ces différents échelons de responsabilité, tout en affirmant avoir «respecté la loi», se sont également «pointés du doigt». Les ex-Premiers ministres ont, en effet, précisé que la responsabilité du «contrôle» relevait «du maître d’œuvre ou du ministère de tutelle», alors que les deux anciens ministres des Transports et des Travaux publics Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, condamnés à 10 et 3 ans de prison, ont, eux, expliqué que leurs décisions répondaient «aux directives du Président ou du gouvernement». n