Ces derniers jours, l’actualité a été marquée par la vive polémique sur la cherté des prix de tests PCR proposés par les laboratoires privés, suite à l’insuffisance de ces test dans le secteur public, faisant monter au créneau le ministre de l’Industrie pharmaceutique, d’une part, pour faire baisser les prix et annoncer le renforcement de la production nationale et, d’autre part, les représentants des laboratoires privés pour justifier les prix des tests.
Le point commun entre ces différentes sorties médiatiques est la nécessaire implication de la Caisse nationale de l’assurance sociale qui reste muette pour le moment sur ce dossier.
Le président du Syndicat national des praticiens spécialisés de la santé publique, et infectiologue, Dr Mohamed Yousfi, nous déclare qu’«aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner que c’est l’anarchie totale parce que tout simplement il n’y a pas de nomenclature et donc il n’y a pas de garde-fou réglementaire».
En effet, la problématique du remboursement des consultations et des actes médicaux dans le secteur privé est revenue sur le devant de la scène où la flambée des prix des différentes prestations, tant d’analyse ou thérapeutique, n’est que l’arbre qui cache la forêt d’un système de couverture sociale figé depuis 1987. A ce sujet, le Dr Mohamed Yousfi explique que «s’il y avait une actualisation de la nomenclature, à l’exemple de la majorité des pays du monde, les prix seront bien encadrés et chacun aura son dû et le citoyen sera remboursé au taux réel».
Il explique également que l’actualisation de cette nomenclature est une réglementation
à laquelle chacun sera obligé de se plier
en respectant le règlement. L’augmentation des prix de consultation ou des actes médicaux ne pourront se faire que suite à des
négociations entre les praticiens, les laboratoires et la Cnas. Mais, la réalité aujourd’hui est que les prix sont libres et lorsqu’il y a polémique, chacun prêche pour sa paroisse avec au final le citoyen qui paie les pots cassés. Une réalité qui est confirmée par le président du SNPSSP, qui se désole qu’«à l’heure actuelle, la Cnas rembourse en moyenne à peine 10 % des actes médicaux, c’est clair que c’est le citoyen qui est pénalisé». Il estime dans ce sillage qu’«on va continuer à tourner en rond tant que l’on n’a pas réglé le problème de fond qui est une révision en profondeur de la nomenclature des médicaments et des actes médicaux». Il enchaîne que «ce n’est pas normal» qu’en 2020, une consultation médicale chez un médecin généraliste est remboursée sur la base de 50 DA et chez le médecin spécialiste sur la base de 100 DA, alors que ces consultations varient entre 1 500 et 3 000 DA en moyenne». Il nous souligne qu’«en tant que syndicat, le SNPSSP réclame depuis vingt ans aux pouvoirs publics de revoir la nomenclature qui n’a pas été changée depuis 33 ans».
Un dossier d’arbitrage bloqué depuis 2007
Il rappelle qu’en 2007, il y a eu une réunion d’experts des différents secteurs concernés pour refaire et actualiser la nomenclature, mais il y a eu un bras de fer entre les ministères de la Santé et du Travail sur la question de la tarification. Ainsi, le ministère de la Santé a tiré les prix vers le haut, alors que le ministère du Travail voulait les baisser, par conséquent, ce dossier a été envoyé au Premier ministère pour un arbitrage et il n’y a pas eu de réponse à ce jour.
Le président du SNPSSP estime que «ce n’est pas normal que ce dossier soit bloqué depuis 13 ans. Il faudrait que le gouvernement prenne ses responsabilités sur cette question de nomenclature». Notre interlocuteur estime aussi qu’il faut avoir le courage politique de dire aux Algériens «l’on augmente les cotisations» ou bien encourager la création de mutuelles pour peu que cela permette de débloquer la situation. Dr Mohamed Yousfi estime aussi que la véritable réforme du système de la santé en Algérie passe également par la question de la nomenclature des actes médicaux et thérapeutiques. Il aborde également la problématique de la contractualisation avec le secteur public qui est réclamée depuis 1993, plus de 30 ans. Il s’agit pour la Cnas de payer le prix réel aux établissements de santé lorsqu’un patient est hospitalisé par rapport à la nomenclature qui aurait été actualisée. Dès lors, le citoyen aurait un véritable choix d’accès à la santé sans être pénalisé. Le constat amer est qu’aujourd’hui le citoyen algérien a le choix entre la gratuité du secteur public ou la cherté du privé.
Le président du SPSSP souligne que «l’accès aux soins et à l’éducation est un droit constitutionnel qui doit être assuré par les pouvoirs publics. C’est au gouvernement d’assurer ce droit en toute transparence». Il précise toutefois que «l’Etat doit assurer tout ce qui est prévention et programme nationaux, notamment pour les maladies chroniques, mais tout le reste doit être payant, que ce soit dans le public grâce à la contractualisation avec la Cnas et des caisses de solidarité pour les plus démunis, ou dans le privé par le citoyen qui sera remboursé au taux réel».
La mise à niveau de la nomenclature des actes et la contractualisation avec les établissements hospitaliers sont le véritable fond du problème pour contribuer à une réelle mise à niveau du secteur de la santé en Algérie.
Dès lors, il ne s’agit pas juste de régler le problème de la PCR ou d’autres aspects déficitaires dans le cadre de la pandémie de la Covid, «c’est juste des solutions de replâtrage» sans attaquer «le problème à la racine qui est une réelle mise à niveau du système de la santé». n