Synthèse PAR INES DALI
Contrairement aux pronostics qui avaient été avancés tôt dans la matinée d’hier, donnant pour probables lauréats du prix Nobel de médecine un duo pionnier des nouveaux vaccins à l’ARN messager anti-Covid-19, ce sont deux Américains qui se sont vu décerner ce prix quelques heures plus tard, hier à Stochholm.
Il s’agit de David Julius et Ardem Patapoutian (Américain d’origine libano-arménienne) pour leurs découvertes sur la façon dont le système nerveux transmet la température et le toucher. Leurs «découvertes révolutionnaires ont permis de comprendre comment la chaleur, le froid et la force mécanique peuvent initier les impulsions nerveuses qui nous permettent de percevoir et de nous adapter au monde», a salué le jury Nobel à Stockholm, cité par l’AFP. Leurs travaux servent à des recherches pour de nombreux traitements, notamment pour les douleurs chroniques.
David Julius, 65 ans et professeur à l’université de Californie, a utilisé la capsaïcine, un composant actif du piment qui provoque une sensation de brûlure, pour identifier un capteur dans les terminaisons nerveuses de la peau qui réagit à la chaleur. De 12 ans son cadet, Ardem Patapoutian, professeur à l’institut de recherche Scripps, en Californie, a, lui, utilisé des cellules sensibles à la pression pour découvrir une nouvelle classe de capteurs qui répondent aux stimuli mécaniques dans la peau et les organes internes. «Ce sont tous deux des chercheurs incroyables qui ont ouvert les portes de la sensation sensorielle d’une manière totalement unique», a loué Thomas Perlmann, chef du comité Nobel pour la médecine, devant les journalistes.
Avant l’annonce des lauréats du 120e anniversaire du Nobel de médecine, des experts sondés par l’AFP ont avancé que le duo pionnier des nouveaux vaccins à ARN messager contre le Covid-19, la Hongroise Katalin Kariko et l’Américain Drew Weissman, professeurs à l’université américaine de Pennsylvanie, pourraient être les vainqueurs. Leurs découvertes, publiées à partir de 2005, ont ouvert la voie aux vaccins des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna, déjà injectés à plus d’un milliard de personnes dans le monde pour les protéger de la Covid-19. Et la technologie fait aussi l’objet de développements prometteurs contre d’autres maladies et virus. «Ce serait une erreur du comité Nobel de ne pas donner le prix au vaccin par ARN messager cette année, même si c’est un peu risqué», avait estimé Ulrika Björkstén, cheffe du service scientifique de la radio publique suédoise. Leurs trouvailles pourraient alternativement être récompensées mercredi en chimie, a-t-elle ajouté. «Soixante ans après la découverte de l’ARN messager par une équipe française (Nobel de médecine 1965), beaucoup jugent toutefois que le duo risque d’attendre son tour. Le comité Nobel est connu pour sa tendance à laisser passer des années, voire des décennies, par prudence scientifique, avant de décerner son sacre richement doté (près d’un million d’euros par discipline)», souligne l’AFP.