Après être descendus nettement sous le seuil des 30 dollars, les cours du pétrole semblent se diriger inexorablement vers les 20 dollars le baril. D’ailleurs, le baril américain de West Texas Intermediate (WTI) n’était pas loin de ce seuil, hier, en s’affichant à tout juste 20,80 dollars lors de l’ouverture de la séance asiatique avant de se reprendre.
Le coronavirus et la guerre des prix que se sont lancés la Russie et l’Arabie saoudite, respectivement deuxième et troisième producteur mondial derrière les Etats-Unis, acculent de plus en plus les prix vers les profondeurs, et dans la mi-journée, causant de nouvelles pertes au brut en ce premier jour de la semaine.
Dans cette tendance baissière qui ne s’arrête plus, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en mai valait 25,74 dollars à Londres, en baisse de 4,60% par rapport à la clôture de vendredi.
A New York, le WTI WTI pour mai, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, perdait 0,80%, à 22,46 dollars.
Ainsi, une nouvelle semaine, entamée avec de forts risques de voir le brut reculer encore plus, alors que la semaine écoulée, le Brent de la mer du Nord avait perdu 30% de sa valeur par rapport à la semaine précédente.
« Les prix du pétrole sont de nouveau sous pression » lundi alors que « le bras de fer se poursuit entre l’Arabie saoudite et la Russie », a expliqué Naeem Aslam, d’Avatrade.
Alors qu’elle était attendue pour juguler la chute des prix, la réunion de l’Opep+ tenue le 6 mars s’est soldée par un échec qui s’est vite étendu à une guerre des prix entre Ryad et Moscou, vécue aujourd’hui comme un véritable cauchemar pour les pays producteurs, particulièrement les plus vulnérables d’entre eux, ces derniers encourant même des impacts économiques et sociaux « majeurs », ont alerté la semaine dernière l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et l’Agence internationale de l’Energie. Dans un communiqué commun, l’Opep et l’AIE ont averti que « si les conditions de marché actuelles persistent, leurs revenus issus du pétrole et du gaz chuteront de 50% à 85% en 2020, atteignant leur plus bas niveau en plus de 20 ans », ont-ils écrit lundi après s’être entretenus par téléphone.
Pareille chute « devrait entraîner des conséquences sociales et économiques majeures, notamment pour les dépenses publiques dans des domaines vitaux tels que la santé et l’éducation », prévoient-ils dans l’optique d’un scénario qui a tout d’une catastrophe.
Faisant partie des pays producteurs vulnérables de par sa dépendance exagérée des hydrocarbures, l’Algérie est en train de revoir à la baisse ses dépenses. Dans cette perspective, plusieurs mesures ont été prises lors du Conseil des ministres tenu dimanche pour réduire drastiquement des dépenses en matière d’importations, mais aussi du budget de fonctionnement.
Dans le cas du secteur de l’Energie, le ministre a proposé « la réduction des importations au maximum, le report de certains projets d’investissement ne revêtant pas un caractère urgent, particulièrement les centrales électriques, et le gel des appels d’offres lancés pour l’acquisition des équipements des transports, à même d’économiser 1 milliard USD ».
Ainsi, la compagnie nationale d’hydrocarbures se voit contrainte de recourir à un plan adapté à la situation en révisant à la baisse ses dépenses. Et elle n’est pas seule dans cette situation, puisque des entreprises peu connues à travers le monde, mais surtout des majors pétroliers ont commencé à réduire leurs dépenses et en particulier leurs ambitions en matière de forages de champs pétroliers et gaziers. Ces majors ont pour noms Saudi Aramco, Total, BP, ExxonMobil, Shell, et ont opté pour cette démarche pour résister au krach, alors que la chute de la demande mondiale de pétrole se poursuit sous l’effet des mesures prises à l’international pour faire face à la pandémie de Covid-19.<