Il est parvenu à son plus haut niveau depuis juillet 2014.

Les prix des produits alimentaires de base ne cessent de grimper. Leurs cours internationaux étaient à leur neuvième mois consécutif de hausse en février dernier, constate l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), mettant notamment cette donne sur le compte d’un marché où l’offre mondiale s’est manifestement rétractée en 2020.
Comparé à celui du mois de janvier, l’indice FAO des prix alimentaires a augmenté de 2,4% le mois dernier, s’établissant à 116,0, soit son plus haut niveau depuis juillet 2014, souligne l’organisation dans son dernier rapport. Elle justifie cette envolée par la forte progression des sous-indices du sucre et des huiles végétales, mais aussi par des hausses de moindre mesure affichées par les cours des céréales, des produits laitiers et de la viande.
Ainsi, l’indice FAO des prix des céréales s’est établi en moyenne à 125,7 points en février, soit 1,5 point (1,2 pour cent) de moins qu’au mois de janvier, mais 26,3 points (26,5%) de plus que son niveau de février 2020, fait savoir la même source, ajoutant que «parmi les principales céréales secondaires, les prix internationaux du sorgho sont ceux qui ont le plus progressé, enregistrant une hausse de 17,4% en février et une hausse de 82,1% par rapport à leur valeur au même mois de l’année dernière, en raison de la forte demande qui perdure en Chine».
Dans le cas du maïs, les prix internationaux ont également augmenté durant le mois de février de l’année en cours, notamment à l’exportation où ils ont enregistré +45,5% par rapport à la même période de l’année dernière. Ceux du blé à l’exportation sont restés à peu près stables en février, mais ils ont gonflé de 19,8% par rapport à leur niveau de l’année dernière, ajoute la même source.
Concernant les huiles végétales, l’indice FAO des prix affichait une valeur moyenne de 147,4 points en février, soit une progression de 8,6 points (6,2 %) par rapport à janvier, soit le plus haut niveau depuis avril 2012. Quant aux prix des produits laitiers, le même indice de référence fait ressortir une augmentation de 1,7% en février par rapport à janvier. Du coup, on est proche du plus haut niveau enregistré depuis 40 mois.
De son côté, la viande a enregistré une hausse de prix évaluée à 0,6% en février par rapport à janvier, indique encore l’organisation onusienne, soulignant qu’il s’agit du cinquième mois consécutif d’augmentation. Enfin, pour le sucre, la FAO relève une hausse de 6,4% entre janvier et février derniers, soit la seconde évolution mensuelle consécutive du genre, portant cette matière à son plus haut depuis 2017.
Algérie : entre hausse réelle et spéculation
Le rapport de la FAO vient donc donner partiellement raison aux lectures qui attribuent l’inflation caractérisant les denrées alimentaires de base en Algérie à la hausse sans répit de celles-ci sur le marché international. Notamment les très fortes augmentations touchant les prix à l’exportation de certains produits et dont le pays est dans l’obligation de s’approvisionner par la voie de l’importation parce qu’ils ne sont pas produits localement. Des achats effectués, de surcroît, avec un dinar malmené par la dévaluation qui ne s’est pas arrêtée en 2020 et qui se poursuivra durant l’année en cours.
C’est dire que la montée des prix à laquelle se heurte le pouvoir d’achat des ménages est, en partie, le résultat de ce qui se produit sur le marché international où la courbe ascendante de l’indice FAO vient de consommer son neuvième mois consécutif. En partie, parce que l’inflation version algérienne est connue aussi pour s’être habituée à se nourrir aussi, et surtout, de la spéculation exercée par ceux qui détiennent le pouvoir de réguler le marché à leur guise et leur appétit insatiable, agissant souvent en rupture totale avec les règles réelles du commerce.
Farine, pâtes, huile, sucre, viandes… Les prix des denrées alimentaires explosent sur les étals, alors que l’Office national des statistiques (ONS) continue à avancer des taux d’inflation modérés qui tranchent assez clairement avec la réalité du marché.
Interrogé il y a quelques jours par Reporters sur le phénomène de l’inflation sans répit, le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et de l’environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, avait d’abord commencé par afficher son étonnement face à ces taux. A propos de 2,6% annoncé par l’office pour l’année allant de février 2020 à janvier 2021, M. Zebdi a estimé que ce taux «ne correspond nullement à la réalité du terrain». Et de relever qu’«il y a comme une contradiction par rapport à ce que nous observons sur le terrain», a-t-il ajouté, non sans s’interroger «sur quelle base ce taux a été calculé».
L’intervenant fera remarquer que «le dinar a connu une dévaluation de près de 20% ces 11 derniers mois,» et que cette évolution négative de la monnaie nationale «s’est répercutée sur toute notre industrie agroalimentaire tributaire de matière première importée». Comment alors vient-on nous dire que le taux d’inflation est passé de 2% à 2,6% de février 2020 à janvier 2021 ?», fait-il observer.
Pour le président de l’Apoce, les prix à la consommation sont en forte hausse par rapport à l’année précédente. Cette hausse varie en ce début d’année 2021 entre 5% et 20%, voire même jusqu’à 40%, au rayon des produits alimentaires importés. Quant aux raisons de cette tendance, elles sont trois à revenir le plus souvent dans les explications des spécialistes du marché, à savoir le déséquilibre entre l’offre et la demande, l’insuffisance dans le nombre de marchés de proximité et l’absence de contrôle. Les industriels, eux, incombent cette hausse des prix de préférence au fait que «les cours mondiaux de matière première végétale ont eu ces derniers mois une augmentation sensible des prix du fret et surtout à la baisse du dinar». Selon des économistes, c’est ce dernier facteur qui a tiré à la hausse le prix de revient à la production chez les manufacturiers qui importent pour l’essentiel de leur matière première. On comprend vite pourquoi les manufacturiers n’ont eu d’autres alternatives que de revoir à la hausse le prix d’usine de leur production. <