C’est un autre coup dur pour les ménages à faible revenu. Et pour cause, les prix des produits alimentaires manufacturés viennent d’enregistrer, ces derniers jours, une hausse subite et non des moindres se situant entre 5 et 10 %, voire plus. Une fourchette que confirme à Reporters Walid Messaoud, président du Comité des grossistes de Oued Smar, dans la wilaya d’Alger.

Spéculation ou producteurs qui ont décidé d’augmenter le prix sortis de leurs chaînes de production ? En tout état de cause, les commerçants détaillants, que Reporters a pu interpeller sur la question, lors de son passage hier dans ce grand centre du commerce de gros, où viennent s’approvisionner quasiment tous les détaillants en produits alimentaires de la capitale, avouent qu’eux-mêmes ont été surpris d’apprendre de leur grossiste que la tarification de nombreux produits alimentaires s’est élevée. «C’était à prendre à laisser», nous a confié Abdelkader, patron d’une supérette à Rouiba. Un autre s’est empressé de dire : «Nous avons été pris au dépourvu. Au début, nous avons cru que c’était l’œuvre d’une poignée de grossistes peu scrupuleux, mais au final, nous nous sommes rendu compte que chez l’ensemble des grossistes c’était le même constat.» Mohamed propriétaire d’un commerce à Belouizdad nous a rapporté que nombre de ses clients se sont empressés de lui demander des explications sur cette hausse des prix. «J’ai tout simplement repris à la lettre ce que m’ont révélé les grossistes», nous a-t-il fait savoir. «Les grossistes se défendent en affirmant que les prix sortis des chaînes de production ont augmenté et par voie de conséquence ils en ont fait de même», nous ont témoigné quelques-uns de nos interlocuteurs. Parmi ces derniers, certains s’étonnent tout particulièrement que les prix du kilogramme du sucre et du litre d’huile ont augmenté «alors que leur prix est plafonné par décret ministériel. Et si augmentation il y a, elle est annoncée officiellement. Ce qui n’a pas été le cas», rétorquent nos locuteurs. Ils nous précisent dans la foulée que le sucre a «augmenté de 5 DA sur le kilogramme». Comme ils se rejoignent à dire dans ce sens : «Ils sont 5 producteurs de sucre de consommation et six d’huiles de table, c’est à croire qu’ils en font à leur guise, confortés par la position qu’ils ont de dominer un secteur de production où la demande est en constante augmentation».
Cependant, les rares producteurs que nous avons pu joindre nous ont expliqué que «les augmentations qu’ils ont opérées sont dues au fait que les prix des intrants qu’ils importent ont connu des hausses sensibles suite à la dévaluation du dinar».

Le pouvoir d’achat de plus en plus laminé
Plus en aval, c’est-à-dire du côté du consommateur, la flambée des prix est subie de plein fouet par les ménages à faible revenu car aucun produit alimentaire manufacturé ou en vrac n’a échappé à cette envolée. Toujours dans ce sillage, certaines pâtes alimentaires et légumes secs sont devenus inabordables pour certains ménages pour qui il est de plus en difficile de remplir le couffin. En effet, leur budget ne leur permet plus de le remplir comme ils arrivaient à le faire tous les quinze jours, pour le strict essentiel. «C’est la seule alternative qu’il nous reste pour arriver à joindre les deux bouts», nous a confié une septuagénaire à la sortie d’une supérette avec à la main de maigres emplettes. Des cas similaires sont de plus en plus nombreux ces derniers mois. Ce qui démontre une baisse vertigineuse du pouvoir d’achat des familles au point où même la classe dite moyenne a du mal aussi à boucler les fins de mois. «Je dois recourir à une sélection et choisir uniquement l’essentiel», reconnaît un retraité rencontré dans une moyenne supérette, nous apprenant dans la foulée : «ma pension de 60 000 DA, dont dépend ma famille de six personnes, ne me suffit plus». Non sans lâcher dans ces circonstances : «Soit tu es riche et tu t’en sors, soit tu es pauvre et tu te retrouves dans l’engrenage des privations tout en espérant de ne pas tomber malade où que l’un de mes proches a un besoin de se faire soigner sérieusement avec toutes les dépenses imprévues que cela induit». Un autre retraité espère pour sa part que la mercuriale ne connaisse pas une flambée des prix. «Le cas échéant, cela nous mènerait vers des situations intenables et très difficiles», redoute-t-il. Notons enfin dans ce sens que les prix des produits frais sont restés jusqu’ici stables.