Par Khaled Remouche
A quelques jours de la fin du ramadan, la déception est grande chez la majorité des ménages. Leur pouvoir d’achat a été fortement impacté par une flambée des prix sans précédent et sans répit. Contrairement aux ramadans précédents, ce phénomène n’a pas fléchi et a persisté alors qu’on est à quelques jours des fêtes de l’Aid. Le plus frappant est que la hausse a touché des produits de base. Ainsi, la pomme de terre est restée dessus la barre des 100 dinars, la salade s’est maintenue à une fourchette entre 200 et 250 DA. Le prix du poulet est resté à plus de 400 dinars.
Cette situation est d’autant plus étonnante, «intolérable» pour le commun des consommateurs, que les autorités ont promis que les prix; notamment ceux de la pomme de la terre, allaient se stabiliser avec le déstockage par les offices publics de régulation des quantités emmagasinées et l’arrivée de la pomme de terre de saison, celle de Mostaganem et par le recours à la récolte de Oued Souf. Pour les produits de volaille, les prix du poulet n’ont pas baissé contrairement aux années précédentes. Depuis plus d’un an, il reste à un niveau entre 380 et plus de 400 dinars. Une envolée qu’on explique par la proportion forte importante de l’informel :80% de l’activité se fait hors contrôle des services gouvernementaux concernés. Qu’on rapporte aussi aux facteurs exogènes considérés comme objectifs comme l’inflation importée et la cherté sur les marchés internationaux des intrants qu’il faut ajouter aux effets de la crise sanitaire sans compter, cette fois, les facteurs endogènes comme la sécheresse qui a entrainé moins de superficies cultivées pour l’aliment de bétail et d’animaux et une baisse des rendements.
Des observateurs du marché pointent, cependant, avec sévérité la responsabilité des pouvoirs publics et leur insuffisante de régulation dont l’indice, disent-ils, est la «défaillance» du système Syrpalac. Spéculation, multiplication des intermédiaires, absence de traçabilité, absence de transparence dans les transactions font le reste. Les infractions à la réglementation contre lesquelles le département du Commerce a déclaré mener bataille sont restées légion : absence d’affichage des prix, commercialisation de produits anonymes sans registre de commerce comme les jus en plastique ont marqué les étals. Tout cela favorise cette flambée des prix des produits de large consommation, disent-ils. L’autre fait nouveau est cette pénurie de l’huile de table subventionnée qui s’est produite au début de l’année 2022 et qui s’est installée pendant ce mois de ramadan. L’autre anomalie relevée pendant ce mois de ramadan et qui reflète une situation qui contribue à cette flambée des prix est cet écart entre le prix de la viande rouge cédée par l’office public Alviar à 1200 dinars et celui cédé par les bouchers entre 1500 et 1700 dinars. Ce qui démontre que les marges bénéficiaires dégagée par les grossistes et les bouchers sont importantes. Le mois de ramadan a également connu une baisse de l’offre en viande rouge, ce qui s’est répercuté sur les prix en raison de l’interdiction de l’importation de cheptel vivant bovin. Les restrictions aux importations sont donc également en partie une des causes de la hausse des prix sur le marché. Ainsi pendant que le pouvoir d’achat des ménages se rétrécissait de manière importante pendant ce mois de ramadan, la mesure ministérielle la plus attendue : le plafonnement des marges bénéficiaires frappant les produits de large consommation n’a pas été prise, laissant les forces incontrôlables et nocives du marché laminer le pouvoir d’achat de la majorité des ménages, soit le remake des années précédentes. <