Savoir prendre en charge les maladies liées à la vieillesse, donc les personnes âgées, est une spécialité à part entière. Il s’agit de la gériatrie, qui nécessite une formation aussi bien du corps médical que paramédical ainsi que de la réalisation de structures de soins adaptées. Une spécialité qui reste méconnue du grand public mais pour laquelle plaident les professionnels de la santé depuis des années.

PAR INES DALI
La gériatrie est enseignée et appliquée dans beaucoup de pays avancés. Il est devenu nécessaire actuellement de lui reconnaître toute l’importance qui lui revient au vu des enjeux de santé et de bien-être des personnes âgées. Les spécialistes médecins et sociologues, réunis avant-hier à Alger, lors d’une rencontre organisée à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées célébrée le 1er octobre, se sont longuement étalés sur la question et ont été unanimes à reconnaitre qu’il est temps que cette spécialité soit appliquée en Algérie. Cela d’autant que la catégorie des personnes âgées représente près de 10% de la population. Un taux qui est appelé à augmenter en raison de l’espérance de vie qui est passé de 47 ans dans les années 1960 à plus de 76 ans ces dernières années grâce à la couverture sanitaire universelle, selon les données de l’Office national des statistiques (ONS) et de la Direction de la population au ministère de la Santé.
Grâce aux efforts réalisés dans le domaine de la santé, le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus a atteint, ces dernières années, 4 millions, a-t-on précisé, ajoutant que ce nombre devrait atteindre 6 millions au cours des prochaines années, d’où la nécessité de «réunir les conditions adéquates pour la prise en charge sociale et sanitaire» de cette frange vulnérable de la société, qui souffre généralement de maladies chroniques.
«Il est nécessaire d’ouvrir des centres gériatriques dotés de tous les moyens pour prendre en charge les personnes âgées qui souffrent de nombreuses maladies chroniques lourdes», a déclaré le Pr Mahamed Lamara, médecin spécialiste en médecine du travail et en toxicologie génétique. Il a ajouté que les pouvoirs publics doivent «reconnaitre le mérite des personnes âgées qui ont contribué au développement du pays, en leur assurant notamment une pension de retraite décente et en mettant à leur disposition un dispositif d’aide et d’assistance à domicile». Le Pr Lamara. Il va plus loin dans son plaidoyer, en suggérant de réunir «les conditions permettant de profiter de l’expérience professionnelle des personnes âgées dans tous les secteurs».
Plaidant dans le même sens, le directeur des activités médicales et paramédicales de l’hôpital Mustapha-Pacha (Alger), le Pr Rachid Belhadj, a souligné que «les pouvoirs publics doivent mettre en place rapidement une politique de prévention pour la prise en charge sanitaire des personnes âgées qui souffrent souvent de plusieurs maladies chroniques». La prise en charge de cette catégorie de la population, au regard des maladies dont elle souffre, doit être assurée par «une équipe médicale multidisciplinaire», a-t-il tenu à noter.
La sociologue Houria Ahcen Djaballah a, pour sa part, estimé que «la prise en charge d’une personne âgée souffrant de nombreuses pathologies est difficile, notamment pour les membres de leurs familles en raison du manque de moyens financiers» entre autres, appelant la société civile et les hommes d’affaires à contribuer, aux côtés de l’Etat, à la création de centres de gériatrie. Elle a expliqué, dans ce sens, que «la création de centres et de services gériatriques peut contribuer à alléger la pression sur les familles, notamment celles qui ont les moyens, alors qu’il incombe à l’Etat de prendre en charge les catégories vulnérables de la société au niveau des centres relevant du ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme». Elle a déclaré avoir constaté «avec préoccupation que certaines familles abandonnent leurs proches âgés ou les maltraitent sans être punies, en dépit de l’existence des lois dissuasives en la matière», rappelant, à ce propos, les valeurs de solidarité, d’entraide et de maintien des liens de parenté au sein de la société algérienne. Par ailleurs, plusieurs spécialistes ont déploré l’absence d’activités dédiées à cette catégorie de personnes, citant, entre autres, celles qui finissent par être rattrapées par une certaine oisiveté après leur retraite.
A noter que nombreux sont les gériatres algériens formés et exerçant à l’étranger qui, avant le Covid-19, organisaient des rencontres avec les médecins algériens et expliquaient cette spécialité, se disant prêts à venir former des gériatres en Algérie. n