La situation épidémiologique «stable actuellement» ne suscite pas moins «l’inquiétude», notamment avec l’apparition des variants britannique et nigérian sur le sol algérien. Différentes mesures doivent être renforcées et de nouvelles autres doivent être prises afin de ne pas être submergés par la pandémie et d’éviter, ainsi, une troisième vague qui serait une vague de variants, de l’avis des spécialistes.

Parmi les principales nouvelles mesures préconisées, il y a «l’externalisation» de la prise en charge des malades atteints de variant et «le renforcement de la surveillance des frontières au sud du pays, à savoir celles par lesquels le variant nigérian peut se frayer un chemin en Algérie». C’est donc carrément un nouveau mode de gestion des hospitalisations des malades atteints de coronavirus qui est préconisé. «La situation stable devient inquiétante dans la mesure où le système de santé actuel peut ne pas faire face à un nombre de malades important, connaissant l’agressivité des variants qui se transmettent plus rapidement que la souche originale de Covid-19. C’est la propriété des virus que de muter sans cesse», de l’avis du Pr Kamel Senhadj, directeur de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), qui enchaine qu’il faut anticiper sur la propagation rapide qu’il pourrait y avoir.
«On doit se préparer par anticipation par rapport à notre système sanitaire, à notre système hospitalier qui ne pourra jamais absorber le flux important de patients que, mécaniquement, ce virus va infecter. Par conséquent, il y aura plus de personnes qui seront admises à l’hôpital et les structures hospitalières ne pourront pas y faire face. Parmi les personnes contaminées, il y aura celles qui auront des comorbidités et, donc, forcément il y aura plus de décès», a-t-il affirmé.
En matière d’anticipation sur d’éventuelles saturations des structures hospitalières, le directeur de l’ANSS préconise de «mettre en place trois ou quatre centres hospitaliers de prise en charge des malades et dédiés seulement au Covid, par exemple deux à l’Est et deux à l’Ouest pour drainer tous les patients atteints de Covid avec les souches variantes qui vont être, hélas, majoritaires plus tard». Il a cité, à titre d’exemple, la nécessité de réserver un hôpital à Bouira et un autre à Sétif pour la région est, et un hôpital à Chlef et un autre dans l’Oranie la région ouest. «Il faut donc externaliser la prise en charge des malades atteints de Covid dans le cadre de ce nouveau variant qui va donner beaucoup de malades», a-t-il insisté.
Il a expliqué que la mise en place d’un tel système permettra de contenir la propagation du virus. «Avant, on pouvait avoir des malades dans tous les hôpitaux, mais au cas où les variants se propagent, nous avons intérêt à voir des structures hospitalières externalisées pour limiter leur transmission». Il y a un autre volet sur qui favorise la mise en place d’un tel système, selon le Pr Senhadji, qui indique que «la gestion de la logistique de quatre centres, c’est mieux que de gérer 32.000 centres dispersés à travers le territoire national». Il a mis également en exergue qu’il y aura «un nouveau personnel dans ces hôpitaux externalisés afin de permettre au personnel qui active dans le cadre du Covid depuis une année puisse se reposer», estimant que ce dernier «est éreinté».
«Il faut vacciner en nombre»
Le Pr Senhadji est revenu sur la nécessité d’analyser les eaux usées car celles-ci peuvent indiquer «la présence du virus environ une dizaine de jours avant qu’il soit détecté chez les personnes». Tout en soulignant qu’il faut «renforcer la surveillance des frontières du Sud par rapport à l’entrée de personnes pouvant être porteuses du variant nigérian», il soutient que «la vaccination est la planche de salut» et souligne qu’«il faut vacciner en bon nombre, nuit et jour, quand les vaccins seront disponibles en grande quantité dans quelques jours». Il soutient alors qu’il faudra «vacciner beaucoup, énormément et en grande cadence», car «c’est la seule façon de gagner de vitesse la propagation du virus et de contrer les variants».
Intervenant à propos de la vaccination, le Pr Ryadh Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de Covid-19, a fait savoir qu’il y a actuellement environ «75.000 personnes qui ont été vaccinées», de même que «20.000 autres se sont inscrites sur la plateforme numérique pour recevoir le vaccin». Pour lui, la situation épidémiologique est «heureusement encore stable» et cela est perceptible lorsqu’on voit qu’il n’y a «pas de pression au niveau des hôpitaux, donc pas de pression sur les équipes médicales».
«Nous souhaitons que cette situation ne s’inverse pas et, dans ce sens, nous ne devons pas baisser la garde sur les mesures préventives. Nous constatons, malheureusement, un relâchement à un certain degré, après que des espaces ont été rouverts comme les restaurants, etc.», a-t-il déploré sur la chaine Echorouk TV, tout en précisant que «cela ne veut pas dire que nous n’allons pas ouvrir d’autres espaces puisque nous avons appris à vivre avec ce virus, sauf que ça doit se faire avec un suivi strict des protocoles sanitaires».

L’ouverture des frontières pas à l’ordre du jour
A la question de savoir quels sont les endroits qui ne peuvent pas être autorisés à reprendre pour le moment, le Pr Mehyaoui a indiqué qu’il y a effectivement «des endroits qui ne peuvent pas ouvrir lorsqu’on sait que les protocoles sanitaires ne peuvent pas être respectés comme, par exemple, certains espaces sportifs, les salles de fêtes, etc.» car cela constitue «un danger pour la santé de la société». Devant l’instance de l’animateur de la chaine TV sur l’éventualité de l’ouverture des salles de fête qu’il estime être attendue par beaucoup de personnes, le Pr Mehyaoui a répondu qu’«il pourrait y avoir une possibilité» mais que tout dépend de la situation épidémiologique, enchainant que «si cela devait arriver, ce sera suivant un protocole sanitaire rigoureux».
Par ailleurs, l’ouverture des frontières n’est «pas encore à l’ordre du jour, surtout que nous sommes actuellement protégés contre la troisième vague tel que cela s’est passé dans d’autres pays», a affirmé le Pr Mehyaoui, tout en soulignant que «la situation épidémiologique est encore stable et c’est le résultat des mesures qui ont été prises. C’est pour cela que je pense que le temps n’est pas encore venu d’ouvrir les frontières en dehors des cas particuliers».
Revenant sur la polémique actuelle dans certains pays sur les anticoronavirus, il a affirmé que «les vaccins disponibles actuellement en Algérie sont efficaces avec les souches mutantes», ajoutant qu’il se pourrait qu’on aille vers l’adoption d’un passeport santé, étant donné que cette mesure sera appliquée et le document exigé dans les pays qui auront vacciné un grand nombre de leur population.