PAR MILINA KOUACI
L’encadrement psychologique des enfants sera vraisemblablement au cœur des actions à mener une fois le brasier éteint.
Mission nécessaire, estiment les spécialistes, lesquels relèvent une réalité : le pays vit une succession de crises avec son lot de morts et de deuils. D’autant plus, argument-ils, le pays ne cesse de compter ses victimes quotidiennes au coronavirus dans sa version Delta, et depuis une semaine, fait face à des incendies ravageurs dont l’ampleur marque incontestablement les esprits.
C’est la raison pour laquelle le Syndicat national algérien des psychologues (Snapsy) vient de lancer un appel pour une prise en charge et des aides aux enfants des communes sinistrées. Pour cette organisation syndicale, les enfants sont la catégorie la plus vulnérable et sensible de chaque drame qui survient dans une ville ou région. Si les citoyens se sont mobilisés pour soutenir les caravanes humaines venues en aide aux familles des zones sinistrées, les psychologues ont pour, leur part, décidé d’apporter un soutien psychologique aux enfants qu’ils qualifient de catégorie la «plus vulnérable». «Nous avons décidé d’accompagner psychologiquement les enfants pour les guérir des événements qu’ils ont vécus. C’est la catégorie la plus sensible et la plus vulnérable, car ils n’ont pas la capacité intellectuelle et mentale pour réaliser ce qui s’est passé autour d’eux», dit Khaled Keddad, président du Snapsy.
Le syndicat a, à cet effet, lancé un appel aux dons de petits matériels pédagogiques et didactiques pour l’accompagnement psychologiques des enfants des familles sinistrées, des feuilles de dessin, des feuilles colorées, des crayons noirs, gomme, taille-crayons, pâte à modeler, ardoise et jeux éducatifs. En effet, le Snapsy prendra part aujourd’hui à une réunion de travail au niveau de la Direction de santé publique (DSP) de Tizi Ouzou afin de mettre en place un dispositif de soutien psychologique pour venir en aide aux enfants victimes des incendies de forêt qui s’étaient déclarés depuis lundi dernier dans plusieurs zones de la wilaya. Outre le corps médical et paramédical, des psychologues seront mobilisés pour la prise en charge des enfants, victimes des incendies, outre les cellules de proximité psychologique et sociale qui sont déjà sur place.
Une mobilisation de psychologues dans le but, dit M. Keddad, de prendre en charge les enfants sinistrés et réduire le choc qu’ils ont vécu. «Les enfants sinistrés refusent généralement de communiquer ou d’entrer en contact avec autrui. Nous allons travailler afin d’atténuer chez eux le choc causé par les incendies qu’ils ont vécus et prendre en charge particulièrement ceux ayant des difficultés à parler», indique le président du Snapsy, sans préciser pour autant si leur travail se poursuivra jusqu’au dépassement de cette crise et le retour à la normale. Ce qui est sûr est que ces professionnels interviendront afin «d’épargner la petite enfance des effets négatifs des scènes choquantes d’incendies et de flammes qui resteront gravées dans leurs mémoires». Les parents, pour leur part, en constatant la méthode de travail des psychologues, sauront comment se comporter avec leurs enfants. A cet effet, en aidant les enfants, on aide également les parents».
S’agissant du grand élan de solidarité des citoyens venus de partout au secours des habitants des régions encerclées par les flammes en soutenant les caravanes humaines, notre interlocuteur le qualifie de «réaction prévisible et non étrange aux Algériens qui ont démontré dans de nombreuses et tristes occasions leur aptitude et prédisposition à aider les victimes», citant le séisme de Boumerdès, les inondations de Bab el Oued, la décennie noire ou encore la crise sanitaire liée à la pandémie de coronavirus.
Ce que regrette, en revanche, Khaled Keddad, est le manque flagrant de coordination entre la société civile et les pouvoirs publics, qui doivent, d’après lui, assumer leurs rôles afin que les aides humanitaires parviennent à tous les villages touchés par les incendies. Pour ce qui est des messages de haine diffusés et relayés sur les réseaux sociaux après le meurtre barbare du jeune Djamel Bensmaïl à Tizi Ouzou, le psychologue estime que ce qui se passe sur les réseaux sociaux est de la «fiction qu’on ne peut contrôler».
«Toute l’Algérie est sous le choc mais nous sommes conscients en parallèle que c’est un acte isolé qui ne représente que ses auteurs», soutient-il, ajoutant que «le peuple est en train de dépasser cette crise à travers la continuité des secours».