A la veille de la commémoration du double anniversaire du Printemps berbère et du Printemps noir, coïncidant avec le 20 avril, un hommage a été rendu, hier, à Massinissa Guermah, jeune lycéen de 18 ans grièvement blessé le 18 avril 2001 par balles dans la gendarmerie de Beni-Douala (Tizi-Ouzou), après avoir été interpellé suite à une altercation entre les jeunes du village et la gendarmerie. Il rendra l’âme deux jours plus tard dans un hôpital à Alger.

Par Feriel Nourine
L’hommage rendu au jeune martyr de la cause berbère a eu lieu devant sa tombe à Beni Douala, en présence de ses parents. A l’occasion, le père de Massinissa Guermah, surnommé Moumouh, a pris la parole pour se remémorer les douloureux moments du drame datant de 20 ans et les «balles assassines» qui ont volé la vie à son fils, alors que la Kabylie s’apprêtait à célébrer le 21e anniversaire du Printemps berbère de 1981, date symbole et repère dans le combat mené pour la reconnaissance de la culture berbère en tant qu’élément identitaire fondamental de l’Algérie, mais aussi, et surtout, pour que les aspirations démocratiques du peuple puissent prendre place et pousser à la retraite le parti unique et tout le poids d’autoritarisme qu’il exerçait à l’époque.
C’est dire le rôle de précurseurs dans les luttes démocratiques dont peuvent se vanter aujourd’hui tous ceux et celles qui sont sortis le 20 avril 1981 pour exiger la rupture avec le système en place, avant que le 20 avril 2001 et les jours interminables du Printemps noir qui s’ensuivirent ne viennent prendre le relais dans un scénario fait de colère populaire face à une répression sanglante opérée par le même système et prêt à tirer sur tout ce qui pouvait se dresser contre lui. Chargé par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika de mener la commission d’enquête officielle sur ces évènements, le défunt professeur Mohand Issad avait transmis un rapport final de l’enquête qui témoignait des charges répressives menées contre les jeunes de la Kabylie. «Le nombre de civils blessés par balles présente une proportion de morts, variant […] de un sur dix à un sur trois [qui] n’est comparable qu’avec les pertes militaires lors des combats réputés les plus durs en temps de guerre», avait conclu l’éminent professeur. Vingt ans après, la vérité n’est toujours pas faite.
Et le père de Massinissa le sait et le ressent chaque jour qui passe. «Il faut qu’on soit à la hauteur dans l’union et la fraternité pour mener ensemble le combat que je mène depuis 20 ans» lancera-t-il, sereinement, à l’adresse des nombreux présents au recueillement devant la tombe de son fils pour un anniversaire qui fait fatalement remonter en surface les événements sanglants qui ont endeuillé des dizaines de familles algériennes sans que les hauts responsables de l’époque, ni ceux qui ont été chargés de tirer sur des citoyens en colère ne soient inquiétés à ce jour.
Des dizaines de morts et des milliers de blessés recensés à travers la wilaya de Tizi-Ouzou après que la mort du jeune lycéen, qui préparait alors son bac, ont changé le cours des événements et transformé la commémoration du Printemps berbère en véritable soulèvement citoyen enclenché en Kabylie juste après ses obsèques. «La blessure est toujours vivante. Mais le combat doit continuer dans un esprit pacifiste. Dans la fraternité et l’union pour la Kabylie», prône, cependant, le papa toujours en deuil depuis le drame survenu le 18 avril 2001. Et il n’est pas seul à avoir été endeuillé par la répression qui s’était abattue sur les manifestants du printemps et ses 126 morts.
Après avoir été quasiment étouffée l’année dernière par la crise sanitaire et le confinement imposé à l’ensemble des régions du pays, la célébration du Printemps berbère et du Printemps noir revient cette année dans un contexte de Hirak qui effectue un retour en force depuis plusieurs semaines.
En 2019, le mouvement de contestation qui mobilise les Algériens chaque semaine avait naturellement transformé son 17e vendredi en commémoration du triste anniversaire du Printemps noir. Il en sera sans doute de même cette année. <