Le Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique (SNPSSP) risque de rompre la « trêve sociale » qu’il a observée jusque-là ! Le président du syndicat, Mohamed Yousfi, a affirmé hier à Alger, lors d’une conférence de presse, que les adhérents à cette organisation ont beaucoup de préoccupations à émettre, notamment sur la façon avec laquelle le gouvernement applique les augmentations salariales destinées aux spécialistes dans le cadre du service civil, ainsi que la « procrastination » affichée à l’égard de certaines questions vitales pour la carrière des professionnels de la santé.

Dans ce sillage, M. Yousfi a soulevé la question des mesures incitatives que le gouvernement a récemment officialisées à travers un décret exécutif signé par le Premier ministre. Des mesures qui prévoient des augmentations dans les salaires allant de 20 000 à 60 000 dinars pour les praticiens spécialistes qui travaillent dans les zones du Sud et des Hauts-Plateaux. En dépit de son soutien à ces mesures, M. Yousfi n’en estime pas moins que « ces mesures concernent seulement les spécialistes qui sont en poste depuis le 1er septembre 2018. C’est inadmissible du moment qu’il y a beaucoup de spécialistes qui sont en poste bien avant cette date. De plus, cette mesure est limitée au temps du service civil et donc son application n’encourage pas la stabilisation des professionnels car, au-delà de cette période, ils risquent d’opter pour le privé ou partir à l’étranger et ainsi aggraver l’hémorragie que subit le corps des praticiens spécialistes de la santé publique ».
Aussi, ce décret a accéléré l’effervescence au sein du corps médical, selon M. Yousfi, qui a ajouté que les praticiens spécialistes de la santé publique sont également dans l’attente de régler certaines autres questions épineuses. Parmi ces questions, «la nécessité de libérer les concours qui permettent à ces praticiens spécialistes d’être au diapason avec leur plan de carrière». «Les concours de passage de grade accusent un retard de trois années alors que tous les autres corps ont vu leurs concours se dérouler dans la même période», dit-il. L’autre problématique soulevée concerne, ajoute M. Yousfi, «la mise en conformité de la prime d’intéressement qui est actuellement appliquée pour un seul grade alors que le corps en compte trois». Le SNPSSP parle également de «la discrimination en matière d’imposition qui frappe des primes versées aux praticiens spécialistes de la santé publique avec un barème allant jusqu’à 35 % comparativement aux autres praticiens spécialistes, exerçant eux aussi dans le secteur de la santé et percevant les mêmes primes, alors qu’ils subissent une imposition forfaitaire de l’ordre de 10% ». « Venir à bout de cette anomalie est tributaire de l’introduction d’un amendement dans la loi de finances, ce qui n’a pas été fait depuis des années, d’où notre demande à ce que ce soit fait dans une loi de finances complémentaire pour 2019 ». M. Yousfi a appelé le Premier ministre Ahmed Ouyahia ainsi que les élus à œuvrer pour régler tous ces problèmes que sa corporation subit. Ce genre de problèmes a coûté à ce corps médical «plus de 7 000 praticiens spécialistes en dix ans qui ont fui vers le secteur privé ainsi qu’à l’étranger », dit-il.
Enfin, il a affirmé que « devant la gravité de cette situation, le conseil national du syndicat appelle à l’organisation d’assemblées générales au niveau local à travers le territoire national pour recueillir les décisions de la base concernant l’attitude à adopter.
Le conseil national a décidé également de maintenir ouverte la réunion extraordinaire pour suivre l’évolution de la situation. Il mandate le bureau exécutif national pour suivre l’évolution des différents points», a-t-il annoncé. Et d’avertir que «tous les scénarios sont envisageables », y compris celui de la grève, ajoute M. Yousfi.