Le Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP) dénonce le fait que la troisième tranche de la prime Covid, après plusieurs mois d’attente, ait été amputée de la période des congés annuels.

Par Sihem Bounabi
En effet, dans un communiqué publié sur sa page officielle, le SNPSP alerte les autorités concernées que «lors du versement de la troisième tranche de la prime Covid au profit des praticiens de la santé et de tous les professionnels de plusieurs établissements de santé, nous avons constaté de graves plaintes de la part de collègues concernant la déduction des jours de congé annuel dans le calcul de la valeur de la prime». Il est ainsi mis en exergue que cette décision est «arbitraire et injuste de la part des directeurs de certains établissements de santé qui ne repose sur aucune référence légale ou instruction ministérielle». Sachant que les vacances annuelles sont un droit légal qui a été suspendu en raison de la pandémie pendant plus d’un an.
A ce sujet, Dr Lyes Merabet président du Syndicat national des praticiens de la santé publique, a déclaré à Reporters : «Au moment où la situation sanitaire est en train de se dégrader avec l’augmentation de cas de contaminations et où on n’est pas à l’abri d’une troisième vague, certains gestionnaires de structure de santé, au lieu d’encourager le personnel soignant, font dans l’excès de zèle d’une manière qui n’obéit à aucune loi ni à aucune logique.»
Le président du SNPSP souligne que plusieurs adhérents du corps médical se sont plaints de cette injustice comme cela est constaté pour d’autre corps des professionnels de la santé au niveau de plusieurs établissements hospitaliers, notamment dans les wilayas de l’Ouest, à l’instar d’Oran, Mostaganem et Sidi Bel Abbès.
Il souligne à ce sujet que le personnel, mobilisé durant la période de la Covid, est en première ligne des risques de contamination et aurait pu être contaminé la veille du congé. Il tient également à préciser que «les jours de congés sont considérés selon la loi comme des jours de travail ou le personnel perçoit son dû».
Dr Lyes Merabet rappelle que «le secteur de la santé était concerné par le gel des congés, il a fallu patienter et négocier avec le ministère de la Santé pour que finalement les travailleurs aient la possibilité de souffler un peu en prenant des jours de congé». Il précise qu’«il a été accordé difficilement au maximum une quinzaine de jours de congés. Il y a des établissements dans certaines wilayas qui continuent de refuser d’accorder ces jours de congés malgré les instructions du ministère».
Il tient également à rappeler que depuis le début de la pandémie de la Covid-19 plus de 14 000 personnes de la santé ont été contaminées par la Covid. Et au 19 avril, 170 médecins des secteurs privé et public sont morts des suites de complications dues à la contamination à la Covid-19. Les deux derniers décès sont deux médecins femmes, dont l’une, dans la wilaya de Béjaïa, est décédée des suites de complications de la Covid, à l’âge de 42 ans, alors qu’elle était enceinte et mère de deux enfants. Au total, ce sont 220 professionnels de la santé qui sont décédés depuis le début de la pandémie des suites de complications dues à la contamination à la Covid.
Le président du SNPSP lance ainsi un appel aux autorités concernés : «On demande que le ministère de la Santé et les directeurs de santé de wilaya interviennent pour rappeler à l’ordre ces gestionnaires afin qu’ils corrigent cette situation et cet abus d’autorité et une façon d’impacter négativement la relation de travail».
Dr Merabet tient aussi à mettre en exergue une situation «encore plus aberrante», celle des professionnels de la santé qui ont été mis en arrêt maladie parce qu’ils sont tombés malades suite à la contamination à la Covid-19 dans le cadre de leur travail. En récompense de leur dévouement, «l’administration se comporte avec ces professionnels de la santé comme s’ils avaient fait un arrêt de travail abusif en l’amputant du versement de la prime Covid. «Le Président de la République a décidé d’octroyer justement cette prime pour remercier et encourager les professionnels de la santé dans le cadre de la lutte contre la pandémie», a-t-il indiqué. Il s’insurge ainsi que «c’est vraiment une aberration, un professionnel de la santé qui tombe malade parce qu’il a été mobilisé dans le cadre de la pandémie et qui risque des complications graves, et lorsqu’il échappe à la mort, on le traite injustement en ne lui comptabilisant pas la prime Covid. C’est une contradiction totale». Il estime qu’«aujourd’hui, le secteur de la santé a besoin de gestionnaires qui œuvrent à améliorer les conditions et les relations de travail pour mettre les professionnels de la santé dans les conditions minimum pour travailler à l’aise et les inciter à continuer à se donner à fond par rapport à cette situation pandémique».