Pour les dissuader de participer au vote, les Talibans avaient multiplié les avertissements aux quelque 9,6 millions d’électeurs.

Par la Rédaction internationale :
Les Afghans ont voté hier pour choisir leur président, un scrutin qui s’est déroulé sous la triple menace des attentats des Talibans, de la fraude et de l’abstention des électeurs. L’élection se tient alors que les pourparlers entre Américains et Talibans sont au point mort, rendant toujours aussi lointaine la perspective d’un dialogue inter-afghan (entre gouvernement et insurgés) pour arriver à la paix. Surtout, les Talibans ont multiplié les avertissements aux quelque 9,6 millions d’électeurs pour les dissuader de participer au scrutin. Ils ont expliqué qu’ils viseront « les bureaux et les centres (de vote) accueillant ce spectacle ». « Tous les actes de violence contre le processus électoral… sont inacceptables », avait mis en garde Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies. Le ministère de l’Intérieur avait annoncé le déploiement de 72.000 hommes pour garder les près de 5.000 bureaux de vote du pays. Il avait interdit par ailleurs l’accès à la capitale à tous les camions et camionnettes, par peur des attentats aux véhicules piégés. « Nous sommes heureux que les gens forment déjà de grandes queues devant les bureaux de vote en attendant de mettre leurs bulletins dans l’urne », s’est félicité hier Zabi Sadaat, porte-parole de la commission électorale.
La campagne électorale a démarré fin juillet par un attentat ayant fait 20 morts. Plus de cent autres personnes ont été victimes d’attaques revendiquées par les talibans depuis. A cela s’ajoute le risque que le groupe Etat islamique se mette de la partie, lui qui a revendiqué un attentat contre un mariage ayant fait 80 morts en août. Un électeur dans le district Taimanai de Kaboul a expliqué : « je suis là pour voter. Je sais qu’il y a des menaces, mais les bombes et les attaques font partie de notre quotidien ». Mohuiuddin, 55 ans, a ajouté : « je n’ai pas peur, nous devons voter si nous voulons pouvoir changer notre vie ». 

Un total de 18 candidats pour un mandat de 5 ans
C’est la quatrième élection présidentielle dans l’histoire du pays, la première s’étant tenue en 2004. Le scrutin a rassemblé 18 candidats à un mandat de cinq ans, et oppose surtout deux favoris, l’actuel chef de l’Etat Ashraf Ghani et son chef de l’exécutif Abdullah Abdullah. Ils s’affrontaient déjà en 2014, dans une élection marquée par des irrégularités si graves que les Etats-Unis avaient imposé par leur médiation la création du poste de Abdullah, réputé arrivé second. Les américains voudraient d’ailleurs influer sur le cours d’une élection dont le résultat ne devrait pas leur échapper.
Les Etats-Unis attendent que « la conduite des candidats et des institutions en charge de l’élection soit sans reproche, afin d’assurer la légitimité de son résultat », a affirmé le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans une conversation avec Ghani jeudi. Les autorités afghanes ont assuré avoir pris toutes les mesures pour éviter la fraude, en déployant notamment une batterie de moyens techniques, dont des lecteurs biométriques. Les résultats préliminaires sont attendus le 19 octobre et les définitifs le 7 novembre. La première inconnue est l’ampleur de l’abstention, les résultats prendront du temps à être collectés.
Si ce n’est pas la peur des attentats ou de la fraude qui les tiennent à l’écart des urnes, bon nombre d’électeurs sont resté chez eux, ayant perdu tout espoir que leurs élites améliorent leurs conditions d’existence.
Le futur chef de l’Etat prendra la tête d’un pays en guerre, où 55 % de la population vivait avec moins de deux dollars par jour en 2017, et où le conflit avec les insurgés a tué plus de 1.300 civils au premier semestre 2019, selon l’ONU.