Peur sur l’économie mondiale ! Les prévisions du Fonds monétaire international sur l’économie mondiale en 2022, à cause de la guerre en Ukraine et ses conséquences à l’échelle mondiale, font planer le spectre d’un ralentissement de la croissance, d’un surcroit d’inflation, et d’une crise similaire à celle provoquée par la pandémie du Covid-19.

Par Kahina Sidhoum
Ce n’est pas une découverte, la guerre en Ukraine impacte sévèrement l’économie mondiale. Ce constat déjà établi depuis le début du conflit, le 24 février dernier, est consolidé aujourd’hui par les prévisions actualisées du Fonds monétaire international (FMI) à l’occasion de ses réunions de printemps à Washington. La publication de ces prévisions, hier, montre que le Fonds table désormais sur une croissance mondiale de 3,6% cette année. En janvier 2022, il annonçait une croissance de 4,4%, soit huit dixièmes de point de plus. Une prévision qu’il a revue à la baisse en raison d’une conjoncture mondiale défavorable et le risque probable, à cause de la guerre en Europe orientale, d’un plus grand ralentissement qui pourrait se produire en cas de «durcissement des sanctions» économiques des puissances occidentales contre la Russie, «couplé à une dégradation de la confiance des consommateurs et une certaine volatilité des marchés financiers», a indiqué hier mardi Pierre-Olivier Gourinchas, le nouveau chef économiste du FMI.
Pour les économistes du Fonds, «le conflit et les sanctions affectent directement l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie». L’Ukraine, théâtre de la guerre, verra son PIB s’effondrer de 35 % au moins. La Russie (-8,5 %) et la Biélorussie (-6,4 %) sont touchées via les sanctions. «Mais les retombées internationales se propagent bien au-delà, notamment en Europe, via les prix des produits de base, les liens commerciaux et financiers, l’approvisionnement en produits alimentaires et énergétiques et l’impact humanitaire», indique Pierre-Olivier Gourinchas. Car l’Ukraine et la Russie sont d’importants producteurs de céréales pour de nombreux pays, et la Russie est également une source d’énergie clé pour l’Europe. Pour les Etats-Unis, la croissance du PIB a été ramenée à 3,7% (-0,3 point). Cette nouvelle projection prend en compte «le retrait plus rapide que prévu du soutien monétaire pour contenir l’inflation ainsi que l’impact d’une croissance plus faible de leurs partenaires commerciaux (…) résultant de la guerre» en Ukraine, a détaillé le FMI. L’économie chinoise pâtit, elle, de la politique de tolérance zéro à l’égard de la pandémie qui a conduit à de nombreux confinements, dont celui de la capitale économique, Shanghai.

Inflation, la boule d’angoisse
«L’incertitude autour de ces projections est considérable», prévient encore le nouveau chef économiste du FMI. Nettement moins de croissance, surcroit d’inflation plus durable, et la nécessité de resserrements monétaires plus agressifs de la part des banques centrales confrontées à un arbitrage difficile entre la lutte contre une inflation record et la sauvegarde de la reprise qui s’est dessinée après la crise du Covid-19, résume cependant encore le nouveau chef économiste du FMI. «La croissance pourrait encore ralentir tandis que l’inflation pourrait dépasser nos prévisions si, par exemple, les sanctions s’étendaient aux exportations énergétiques russes. La propagation continue du virus du Covid-19 pourrait donner lieu à des variants plus mortels […], provoquant de nouveaux blocages et des interruptions de production», a-t-il ajouté.
Dépendants des ressources énergétiques russes, les pays européens devraient juste parvenir à maintenir une légère croissance, due à l’acquis de début d’année. Mais la hausse du PIB de la zone euro ne sera plus que de 2,8 % en 2022, et non de 3,9 % comme encore attendu en janvier. Si la croissance s’étiole, la hausse des prix va quasiment doubler pour s’établir à 5,7 % en moyenne dans les pays riches, après 3,1 % l’an dernier. Le FMI se base sur un prix de référence du baril de pétrole à près de 107 dollars contre 69 dollars en 2021. Les pays producteurs de pétrole et de gaz tirent leur épingle du jeu, mais sont rattrapés par la poussée inflationniste mondiale. «Nous prévoyons maintenant que l’inflation restera élevée pendant bien plus longtemps. Aux Etats-Unis et dans certains pays européens, elle a atteint son plus haut niveau depuis plus de 40 ans», observe Pierre-Olivier Gourinchas.

Multitude de nuages à l’horizon
L’augmentation des prix des denrées alimentaires et du carburant pourrait déclencher des troubles sociaux dans les pays les plus pauvres, avise encore le FMI. Il projette un taux d’inflation moyen de 8,7 % dans les pays en développement, après 5,9 % en 2021. Le pic devrait être atteint cette année, avance-t-il. Mais même en 2023, l’inflation devrait rester très élevée dans les pays émergents et en développement (6,5%) et encore supérieure aux objectifs des banques centrales des pays avancés, ce qui plaiderait en faveur d’une «action beaucoup plus énergique», a souligné le chef économiste. Cette flambée des prix des produits de base et la tension des taux d’intérêt mondiaux vont réduire encore plus la marge de manoeuvre budgétaire des marchés émergents et des économies en développement importateurs de pétrole et de produits alimentaires.
Le FMI, qui a aussi abaissé sa prévision de croissance mondiale pour 2023 (+3,6%, -0,2 point), met en garde contre la multitude de nuages à l’horizon. «Dans l’ensemble, les risques sont (…) comparables à la situation du début de pandémie», estime-t-il. «Les niveaux d’endettement record induits par la pandémie laissent émerger les économies de marché et en développement plus vulnérables aux hausses de taux d’intérêt», note aussi le FMI. Par ailleurs, une résurgence de la pandémie n’est pas exclue. Enfin, «la fracture des relations internationales pourrait saper la confiance et la coopération essentielles pour relever les défis de long terme, notamment le changement climatique».