La mission du gouvernement de porter les exportations algériennes hors-hydrocarbures à hauteur de 5 milliards de dollars pour cette année 2021 semble être sur la bonne voie. Mission, parce que cet objectif a été tracé par Abdelmadjid Tebboune, il y a une année, à l’occasion de la Conférence nationale sur le Plan de relance pour une économie nouvelle.

Par Feriel Nourine
Le président de la République l’avait alors jugé «très faisable», sachant que le relèvement des recettes hors-hydrocarbures pouvait compter sur «la volonté politique forte et la vision claire» chez les autorités du pays qui, a-t-il souligné, sont en train de mettre en place une batterie de mesures incitatives au profit des exportateurs. Sur ce registre, M. Tebboune citera la création de couloirs verts dédiés à certains produits, la cession d’une bonne partie de recettes en devises au profit des exportateurs et l’amélioration de la relation avec le ministère des Finances et l’Administration fiscale.
Aujourd’hui, les chiffres cumulés par l’ensemble des exportateurs algériens sont en train de s’inscrire dans la tendance haussière souhaitée et les responsables qui se succèdent pour en parler ne manquent pas une occasion d’affirmer et confirmer que les ambitions de 4,5 à 5 milliards de dollars sont en train d’être converties en réalité versée au compte des EHH.
Parmi ces responsables, le Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce, Khaled Bouchelaghem, qui a indiqué, hier, que le bilan des ventes sur ce registre a atteint 2,4 milliards de dollars sur les 7 premiers mois de l’année en cours, alors qu’elles ne dépassaient pas 1,2 mds usd durant la même période de l’année dernière, soit une hausse considérable de 108%.
Un résultat provocateur d’optimisme chez ce haut responsable du secteur qui s’exprimait, et sans doute l’un des acteurs les plus sollicités dans la démarche mise en place par les pouvoirs publics pour rehausser sensiblement les rentrées en devises issues des ventes algériennes hors pétrole et gaz. S’exprimant sur les ondes de la Radio nationale, Chaîne I, M. Bouchelaghem s’attend à ce que les exportations hors hydrocarbures dépassent les 4,5 milliards de dollars avant la fin de l’année en cours. Des prévisions qui ne sont pas construites sur les seuls résultats records à l’actif de la période référence. En effet, l’intervenant s’appuie également sur «l’existence d’une tendance à la hausse du processus d’exportation, notamment vers les pays africains». Dans cette logique, «toutes les données indiquent que les exportations atteindront un record historique cette année», a-t-il insisté, non sans s’arrêter particulièrement sur l’une des filières qui contribuent le plus à l’amélioration des EHH algériennes, en l’occurrence celles des matériaux de construction (le ciment notamment) qui a atteint 450 millions de dollars. Une filière qui jouit encore d’une large marge de progression, puisque ses responsables comptent renforcer considérablement les volumes d’exportations et réaliser jusqu’à 1 milliard de dollar en 2022. Le même responsable au niveau du ministère du Commerce n’a pas manqué de citer également le cas des engrais dont les ventes à l’étranger s’améliorent considérablement, affichant une augmentation de 67% entre janvier et juillet derniers. Au-delà des mesures intra-muros mises en place pour affranchir l’économie algérienne de sa dépendance exagérée des hydrocarbures, et inciter les producteurs algériens d’autres secteurs à trouver preneurs à leurs produits et marchandises à l’international, l’Etat algérien semble saisir l’obligation qui lui est faite de se redéployer sur le front de la diplomatie économique. Confirmation toute explicite avec la toute fraîche nomination d’un chef de la diplomatie économique au niveau du ministère des Affaires étrangères. Le choix pour ce poste stratégique a été porté sur l’ex-ministre des Finances et aussi du Commerce, Abdelkrim Harchaoui. Une opération inscrite dans le cadre de la création de postes d’envoyés spéciaux que vient de décider M. Tebboune. Au nombre de sept, ces diplomates travailleront sous l’autorité directe du ministre des Affaires étrangères et conduiront l’action internationale de l’Algérie sur sept axes d’efforts essentiels reflétant les intérêts du pays et ses priorités.
La question de la diplomatie économique figure d’ailleurs en gras dans le Plan d’action du gouvernement soumis depuis samedi à l’Assemblée populaire nationale. En ce sens, «les missions diplomatiques et consulaires amplifieront les initiatives à l’effet de travailler à la réduction de la dépendance aux exportations d’hydrocarbures en attirant les IDE et en aidant à l’augmentation d’exportations de produits et services algériens, notamment en direction de l’Europe dans le cadre du potentiel de l’Accord d’Association avec l’Union Européenne ainsi qu’en Afrique et dans le Monde Arabe», prévoit ce plan. D’autre part, le Gouvernement a décidé de restructurer le réseau des chargés des affaires économiques et commerciales dans les missions algériennes à l’étranger. Des cycles de formations seront assurés à ces cadres afin de les initier aux nouvelles réalités économiques.
Par ailleurs, «une conférence nationale sur la diplomatie économique, qui regroupe tous les intervenants, sera organisée au cours du dernier trimestre 2021, pour apporter des solutions aux questions en suspens en matière d’IDE et de promotion des exportations sur les marchés extérieurs notamment en Afrique et les pays du voisinage», informe le gouvernement.