C’est un tableau pessimiste que vient de dresser la Banque mondiale pour la croissance mondiale en 2022. Dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales, la BM révise sensiblement à la baisse ses prévisions pour le produit intérieur brut mondial, les faisant descendre à 2,9%, contre une prévision précédente de 4,1% publiée en janvier dernier.

Synthèse de Feriel Nourine
Ces prévisions concernent de nombreuses économies, à commencer par les deux grands puissances, à savoir les Etats-Unis (+2,5%), en baisse de 1,2 point de pourcentage, et la Chine (+4,3%) à -0,8 point.
Pour la zone euro, la révision est encore plus forte : -1,7 point à 2,5%.
A l’inverse, la croissance de la région Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a été révisée en hausse (+0,9 point, à 5,3%), celle-ci bénéficiant de la hausse des prix du pétrole (+42% prévu cette année). Il s’agira ainsi de «la plus forte décélération suivant une reprise (…) en plus de 80 ans» que connaîtra l’économie mondiale prévient l’institution de Washington, qui met cette évolution négative sur le compte de la guerre en Ukraine et n’exclut pas une «stagflation», c’est-à-dire une «période prolongée de croissance faible et d’inflation élevée», notamment pour les pays à faibles revenus. On est bien loin de la croissance de 5,7% réalisée en 2021, faisant suite à la profonde récession provoquée par la pandémie de Covid-19, et les économistes de la BM s’attendent à ce que ce rythme de croissance perdure jusqu’en 2023-2024, la guerre en Ukraine «perturbant fortement l’activité, l’investissement et le commerce à court terme», insiste-t-elle. Ceci s’ajoute à une demande qui faiblit et à la levée progressive des mesures d’aide des gouvernements.
«En raison des dommages conjugués de la pandémie et de la guerre, le niveau de revenu par habitant dans les pays en développement sera cette année inférieur de près de 5% à la tendance qui avait été projetée avant le Covid», déplore la même source.
Pis encore, la récession est en train de frapper aux portes de l’économie mondiale, et «pour bien des pays, il sera difficile» d’y échapper, prévoit le président de la BM David Malpass. C’est pourquoi, il exhorte à «éviter les restrictions commerciales, tout en recommandant de modifier les politiques budgétaires, monétaires, climatiques et d’endettement (…) pour remédier à l’affectation inappropriée des capitaux». Il s’agit également de lutter contre les inégalités, selon le même responsable.
Le rapport fournit par ailleurs la première comparaison des conditions économiques mondiales actuelles avec la stagflation des années 1970.
Les économistes ont évalué en particulier la façon dont la stagflation pourrait affecter les économies de marché émergentes et en développement. Ils notent que la situation actuelle est comparable à celle des années 1970 à trois titres: «des perturbations persistantes de l’offre qui alimentent l’inflation, précédées d’une période prolongée de politique monétaire très accommodante dans les principales économies avancées; des projections de ralentissement de la croissance; des économies émergentes et en développement vulnérables face à la nécessité d’un durcissement de la politique monétaire pour maîtriser l’inflation».
Pour autant, il y a des distinctions majeures, puisque le dollar est fort alors qu’il était très faible à l’époque. De plus, l’ampleur des hausses de prix des produits de base est plus modérée, et les bilans des principales institutions financières «sont généralement solides».
Plus important encore, et contrairement aux années 1970, les banques centrales des économies avancées et de nombreuses économies en développement ont désormais des mandats clairs envers la stabilité des prix», relèvent les économistes.
La Banque mondiale anticipe enfin un ralentissement de l’inflation l’année prochaine, tout en restant «probablement» supérieure aux objectifs fixés dans de nombreux pays.
«Si l’inflation reste élevée, la répétition des solutions adoptées lors de la précédente stagflation pourrait se traduire par une forte récession mondiale, ainsi que par des crises financières dans certaines économies émergentes et en développement», met en garde la Banque. <