La scène politique nationale est marquée, depuis la convocation du corps électoral, par l’élection présidentielle annoncée pour le 12 décembre prochain et les clivages qu’elle ne cesse de générer entre partisans et adversaires de ce rendez-vous à enjeux multiples et décisifs pour l’avenir du pays. La perspective de cette échéance si elle est rejetée par le mouvement populaire à travers les marches citoyennes n’a pas manqué d’enregistrer une panoplie de candidatures à la candidature qui a dépassé, jusqu’à hier, la barre des 100 prétendants dans la course vers le palais d’El Mouradia. Parmi les prétendants figurent des habitués de l’échéance présidentielle, à l’image d’Ali Benflis qui postule pour la troisième fois après deux tentatives infructueuses en 2004 et 2014 remportées par l’ancien chef de l’Etat. Respectueux des formes et des procédures organiques, l’ancien chef du gouvernement a officialisé sa candidature à l’issue d’une réunion du Comité central de son parti Talaie El Hourriyet. « En prenant la décision de la participation aux prochaines élections présidentielles vous avez pris une décision dans la lignée de notre projet politique, une décision à la hauteur des enjeux et des défis du moment, une décision qui place l’intérêt général au-dessus des intérêts partisans », a souligné M. Benflis devant les cadres du parti. Dans sa plaidoirie, il a soutenu qu’il s’agit d’un « projet dont la portée dépasse largement le cadre de notre seul parti politique, Talaie El Hourriyet, pour s’inscrire dans la perspective, beaucoup plus large, d’un rassemblement pour une sortie de crise ouvrant la voie à un changement démocratique qui intègre la totalité des revendications et des aspirations de la Révolution démocratique pacifique en termes de construction d’un Etat de droit et d’instauration d’un régime démocratique». Et a priori, si la présente candidature de Benflis peut s’appuyer sur ses deux précédentes expériences et probablement sur des soutiens émanant d’autres formations politiques, il n’en demeure pas moins qu’il se lancera dans une compétition électorale qui aura lieu dans une conjoncture particulière. En plus de Benflis, la liste de prétendants à la magistrature suprême compte également Abdelaziz Belaid candidat en 2014 et auteur d’une troisième place surprenante juste derrière Bouteflika et ancien chef du gouvernement. Abdelaziz Belaid, chef du Front El Moustakbel, revient dans la course après avoir été déjà partant pour l’élection présidentielle prévue le 4 juillet dernier et dont la tenue s’est avérée impossible. L’action politique d’Abdelaziz Belaid s’est distinguée par le fait qu’elle ne s’inscrit dans aucune logique d’alliance ou d’une initiative de concertation. Son parti n’avait adhéré ni aux «forces du changement » ni aux « forces de l’Alternative démocratique». Ce n’est pas le cas de Belkacem Sahli, chef de l’Alliance nationale républicaine (ANR), qui postule pour la première fois, mais qui œuvre à faire rallier d’autres formations politiques à sa cause bien que ses potentiels appuis seraient de faible ancrage populaire. Mais l’attraction de cette animation autour de la présidentielle aura été incontestablement la candidature à la candidature d’Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre limogé en 2017 de son poste quelques mois seulement après son installation à la tête du gouvernement. Dans une déclaration à la presse signant son retour sur la scène publique, M. Tebboune a promis d’articuler son programme électoral sur « la dimension économique ». Son ambition de briguer la magistrature fortement commentée n’a pas été du goût d’Ali Benflis. Le président de Talaie El Hourriyet a assimilé la candidature de Tebboune à «un cinquième mandat avec un nouvel habit» et à «un cinquième mandat sous un autre nom».

Les islamistes boudent
Dans le registre des boycotteurs de cette présidentielle, si les partis démocrates opposés à cette option étaient déjà attendus dans cette posture, ce n’est pas le cas des islamistes, notamment les plus en vue qui ont tourné le dos au rendez-vous du 12 décembre.
C’est surtout le cas du MSP de Makri, qui après avoir laissé comprendre qu’il serait de la compétition a fini par dérouter son monde en annonçant qu’il ne participera pas et qu’il ne présentera pas son candidat. C’est aussi le cas du FJD de Djaballah qui ne se contente pas de la décision de ne pas prendre part à ladite consultation électorale. Le parti a en effet plaidé pour le report de la présidentielle. Cependant les islamistes ne seront pas complètement absents à ce rendez-vous si la candidature d’Abdelkader Bengrina venait à gagner la validation des souscriptions citoyennes à la collecte des 50 000 signatures dans 25 wilayas. Par ailleurs et dans le registre des personnalités ayant exprimé leur non-participation à cette joute électorale, l’on note notamment les deux ancien ministres, Abdelaziz Rahabi et Mohamed Saïd –le chef du PLJ- pendant que les partisans de Mouloud Hamrouche tentent de convaincre l’homme des réformes de postuler. Les partis politiques de la défunte alliance présidentielle ne semblent plus vouloir jouer en collectif comme l’atteste la décision du RND de présenter son propre candidat qui serait son secrétaire général par intérim Azzedine Mihoubi alors que le FLN semble être noyé par des problèmes internes et la succession de démêlés judiciaires de ses secrétaires généraux.n