Alors que le ministre de l’Industrie a annoncé, la semaine dernière, que son département avait déjà accusé réception de 113 demandes d’agrément dans le cadre de l’activité d’importation de véhicules neufs, les tractations se poursuivent chez les opérateurs dans le but de récupérer des marques anciennement représentées pour certains d’entre eux ou pour décrocher la représentation d’un constructeur pour d’autres.

Sur fonds d’une bataille de procédures ardues que se livrent un bon nombre de prétendants à l’activité de concessionnaire, le nouveau cahier des charges élaboré par le gouvernement ne semble plus être une contrainte impossible à surmonter par tout ce beau monde qui se bouscule au portillon du département de Ferhat Aït Ali.
En fait, ces tractations et autres manœuvres n’ont pas attendu le lancement de l’opération de dépôt des dossiers d’agrément pour se mettre en branle. Dès la LFC adoptée, voire dès l’annonce du retour de l’importation des véhicules neufs par le PLFC, de nombreux ex-concessionnaires sont sortis de la longue hibernation à laquelle ils avaient été soumis depuis l’arrêt des importations en 2016, pour afficher leur objectif de renouer avec leur activité. Une activité dont ils ont été dépossédés au profit d’une industrie mécanique locale qui, faut-il le souligner une énième fois, n’avait pas tardé à s’avérer un grand échec, notamment à travers la stratégie du SKD-CKD nettement plus coûteuse que les importations de voitures finies.
La publication, il y a quelques semaines, du nouveau cahier des charges à l’adresse des concessionnaires a, certes, poussé certains de ces derniers à tempérer leur ardeur, et même à abandonner le projet de retour sur le marché du véhicule neuf fini dans certains cas.
Mais le nombre de demandes déposées jusqu’à la semaine dernière par les opérateurs souhaitant importer et commercialiser des véhicules témoigne de l’intérêt toujours intact pour cette activité, et ce, en dépit d’un dispositif jugé «trop contraignant» par la corporation. Le gel de l’importation de véhicules de moins de 3 ans n’aura, visiblement, que consolidé cet intérêt, notamment chez les vieux briscards du métier. A l’exemple d’Elsecom qui s’accroche toujours à l’espoir de récupérer ses anciennes marques. Le groupe dirigé par Abderrahmane Achaïbou aurait même réussi à reprendre à son compte la marque japonaise Suzuki qu’il avait introduite et représentée pendant des années avant qu’elle ne passe sous la coupe du groupe Tahkout. Ce dernier était même sur le point d’inaugurer son usine Suzuki à Saïda avant les événements qui ont marqué le paysage automobile en Algérie à partir de 2019, donnant à apprécier la grande escroquerie sur laquelle reposait l’assemblage de véhicules dans les usines du pays. Dans le cas de son ex-marque KIA, la tâche s’annonce plus difficile, sinon «impossible», nous indiquent certaines sources proches du dossier. Le constructeur sud-coréen compte poursuivre son partenariat avec Gloviz (usine de Batna) et sa filiale commerciale Kia El Djazaïr, dont le patron Kamel Arbaoui, est incarcéré depuis plusieurs mois. En plus de Suzuki et Kia, le groupe Achaibou a longtemps représenté la marque américaine Ford, ainsi que le sud-coréen Daewoo Trucks. Quasiment dans la même situation que le groupe Achaibou depuis quelques années, le groupe Cevital tente, lui aussi, de récupérer la marque Hyundai, véhicules touristiques et poids lourds, qui est passée sous la houlette de Tahkout Motors Company. Le représentant historique trouverait, cependant, d’énormes difficultés à atteindre son objectif même si, comme le groupe Achaibou, il a eu gain de cause après de la justice après la plainte déposée contre l’ancien ministre de l’Industrie (en fuite) Abdesselem Bouchouareb. Certaines sources indiquent même que le patron du groupe, Issaad Rebrab, aurait fini par abandonner la piste Hyundai pour orienter ses efforts vers un projet de construction automobile avec un groupe japonais, Toyota, disent nos sources. D’autres opérateurs seraient en train de viser la représentation du groupe Volkswagen dont le divorce avec son ancien représentant, Sovac, devient de plus en plus plausible, nous indique-t-on.
Les tractations ne s’arrêteraient pas là et on évoque même certains prétendants nationaux à la récupération à leur compte des filiales étrangères, celles-ci se trouvant toujours dans l’impasse et dans l’attente d’un cahier des charges qui tarde à venir, les empêchant d’activer.