C’est un fait qui a mis en émoi l’ensemble des Algériens. La vidéo du jeune Saïd Chetouane, 15 ans, en larmes, et faisant part d’une présumée tentative d’agression sexuelle à son encontre au niveau d’un commissariat à Alger, après avoir été arrêté samedi, a eu l’effet d’un scandale au sein des populations.

PAR NAZIM B.
Pour l’ensemble des citoyens, outrés à la découverte de ce qu’a déclaré avoir subi le jeune Algérois, les faits ne doivent pas rester impunis.
Enragée par ce que venait de déclarer son fils, la mère de Saïd Chetouane peinait, dans une vidéo fortement partagée sur les réseaux sociaux, à contenir sa colère en voulant s’adresser au président de la République et au ministre de la Justice, auxquels elle demande des explications et des réactions.
Du côté des avocats et autres défenseurs des droits humains, c’est l’ouverture d’une enquête qui est réclamée. «Il y a un principe, quand il y a un fait comme celui-là qui est porté sur la place publique, le Parquet doit s’autosaisir immédiatement», a expliqué Me Noureddine Benissad, président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH).
«La première chose à faire, c’est l’ouverture d’une enquête. C’est la réaction légale et logique pour confirmer cette allégation qui est très grave et inimaginable dans une institution publique, a fortiori lorsqu’il s’agit des forces de sécurité, censées protéger les personnes», a ajouté Maître Benissad. Ce dernier a expliqué, à cet effet, qu’à «la fin de l’enquête et si les faits rapportés se confirment, l’avocat demande à identifier les auteurs et présenter immédiatement ces personnes devant la justice», estimant qu’«il n’est pas question que cette ou ces personnes bénéficient de l’impunité et que ce genre d’actes ne doit pas rester impuni».
Pour sa part, le Comité national pour la libération des détenus (CNLD) a exprimé son indignation suite aux déclarations du jeune Chetouane, arrêté lors de la tentative de marche, samedi, dans la capitale et conduit vers un commissariat où «nous avons été très mal traités», a-t-il témoigné, en sus de présumées «tentatives d’agression sexuelle». «Choquant, inhumain, inadmissible. Une enquête doit être ouverte immédiatement afin de mettre fin à ces actes de tortures qui sont des violations graves des droits humains et de la dignité humaine», s’est indigné le CNLD.

Le procureur ordonne l’ouverture d’une enquête
La gravité des faits et le tollé d’indignations qu’ils ont suscité ont fait réagir la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) de la wilaya d’Alger, qui a informé de l’ouverture d’une enquête indiquant avoir informé le procureur de la République qui a ordonné l’ouverture d’une enquête, ce qui laisse prévoir une suite dans cette affaire.
«Après la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux à travers laquelle ses auteurs affirment qu’un mineur aurait été maltraité au niveau d’un commissariat à Alger, samedi 3 avril, les services de la Sûreté de la wilaya d’Alger ont informé le procureur de la République. Ce dernier a ordonné l’ouverture d’une enquête», est-il noté dans le communiqué de la DGSN.
Cette dernière souligne que «l’adolescent en question a été entendu en présence de sa mère» et qu’il «a également été examiné par un médecin légiste avant d’être libéré en compagnie de sa mère», réfutant ainsi entre autres les déclarations qui ont inondé la toile faisant était que l’adolescent était non accompagné.
La DGSN conclut en précisant que «l’adolescent et son tuteur légal ont été convoqués, ce dimanche 4 avril, et nous informerons l’opinion publique concernant les résultats de l’enquête».
La réaction de la DGSN a été accueillie avec satisfaction dans la mesure où elle va contribuer à l’identification des responsabilités de cette présumée tentative d’abus sexuels qui se serait passé dans les locaux de la police.
Cette triste affaire s’ajoute ainsi à celle de Walid Nekkiche, étudiant, qui avait révélé devant le juge lors de son procès au Tribunal de Sidi M’hamed (Alger), avoir subi des agressions physiques et sexuelles contre lesquelles ses avocats ont déposé plainte et le parquet avait annoncé l’ouverture d’une enquête, mais dont les résultats «tardent à venir», regrettent de nombreux avocats et défenseur des droits de l’homme.