Créé le 3 septembre 1990, le journal Le Soir d’Algérie célèbre, aujourd’hui, ses trente ans d’existence. Un évènement, un anniversaire et une expérience nés dans la douleur de l’ouverture démocratique post 1988 et pour laquelle beaucoup de confrères – en tête desquels des plumes illustres du quotidien, aujourd’hui trentenaire, comme Mohamed Dorban, Mohamed Derraza et Allaoua Aït Mabarek – ont payé le prix fort face au terrorisme islamiste, sans compter les pressions de toutes sortes.

Des faits qu’il est toujours nécessaire de rappeler en pareille occasion, relève son rédacteur en chef Kamel Amarni qui, s’il a rejoint le quotidien au milieu de la décennie 1990, ne manque jamais de mots pour rendre hommage à la génération des fondateurs, le regretté Fouad Boughanem, Maâmar Farrah, Zoubir Souissi, Djamel Saïfi et Mohamed Bedrina, tous des journalistes qui ont connu la presse publique du temps du parti unique et qui avaient choisi avec un succès jamais démenti l’aventure intellectuelle au tournant mouvementé des années quatre-vingt-dix.
En dépit des difficultés nombreuses qu’il a connues, Le Soir d’Algérie est resté une référence du champ médiatique algérien et un journal populaire par sa facture et la qualité de ses écrits et le prestige de ses signatures propres et externes. Le journal, insiste Kamel Amarni, c’est d’abord une «ligne» et une «identité» de «militant pour la démocratie et la République, ancré à gauche» et résolument contre l’intégrisme islamiste. C’est pourquoi, ajoute-il, le journal a été la cible permanente des islamistes radicaux et l’ennemi juré de ceux qui se réclament du courant fondamentaliste.
Le «passage à l’acte» contre le journal a eu lieu en juillet 1994 avec l’assassinat de la correctrice Yasmina Drici, à Rouiba, puis, en février 1996, avec l’attentat à la bombe au siège du journal qui coûtera la vie à trois de ses journalistes. Le journal, poursuit Kamel Amarni, a subi des pressions des pouvoirs politiques dès cette décennie 1990. On lui a «collé des procès et il a même été suspendu plusieurs fois». Une situation encore aggravée au cours de «l’ère Bouteflika» quand le journal «a été privé de publicité durant 11 mois» et que des journalistes ont été embarqués pour outrage. «Ces épreuves ont renforcé davantage le journal et son collectif», poursuit le rédacteur en chef qui rappelle que «le Soir», c’est aussi une entreprise qui compte «aujourd’hui, près de 200 emplois directs et indirects, journalistes, correspondants collaborateurs et personnel»… Et qui «a connu des mutations importantes au cours de son riche parcours».
Le passage, au début des années 2000, d’un journal distribué le soir vers la formule plus classique du jour aura été en substance, pour Kamel Amarni, l’une des premières grandes adaptations «obligées» du journal à l’environnement économique du pays : «Le problème était tout simplement logistique, lié à la distribution du journal, il était devenu trop difficile d’assurer la distribution partout dans le pays d’un quotidien qui sortait des imprimeries en fin de matinée.» Une autre est en cours de lancement et concerne la «connexion avec le web» par la création d’émissions comme le talk-show politique qu’anime depuis peu Hakim Laalam, figure centrale et tête d’affiche par la popularité de ses chroniques quotidiennes en dernière page du journal. Pour le rédacteur en chef, qui évoque une «crise économique profonde, dont souffre la presse algérienne actuellement, le web est un horizon fécond vers lequel il s’agit de mettre le cap. n