La scène politique nationale connait une animation assez soutenue depuis la convocation du corps électoral, il y a juste un mois – le 18 janvier -, pour l’élection présidentielle du 18 avril prochain. Cette animation aura connu une accélération chez les partisans de la « continuité » plus présents sur le terrain depuis l’annonce de la candidature du président sortant, alors que des manifestations de rejet de la candidature de Bouteflika ont été enregistrées ces derniers jours notamment dans la ville de Kherrata à Béjaïa.

Le mois d’animation lancé par la convocation du corps électoral a vu ainsi s’exprimer des intentions de candidature comme celles du boycott alors que des inconnues persistent encore, notamment du côté du Parti des travailleurs (PT) de Louisa Hanoune et de Talaie El Hourriyet de l’ancien chef de gouvernement Ali Benflis. En effet, l’annonce de la convocation du corps électoral n’a pas seulement mis fin à une situation de confusion et de flou qui aura marqué le paysage politique pendant plusieurs mois.
Durant toute cette période, le personnel politique, aussi bien les formations proches du pouvoir que celles de l’opposition, ne savaient pas ce que serait le rendez-vous de la présidentielle. Et c’est alors que tout le monde guettait le moindre indice quant à la tenue ou pas de l’élection, que des partis politiques, notamment le TAJ de Amar Ghoul et le MSP d’Abderezak Makri, déroutèrent l’opinion à travers deux propositions qui ont renforcé la confusion.
Il a fallu que le corps électoral soit convoqué pour voir les pendules se remettre à l’heure d’une présidentielle dont la tenue ne sera plus incertaine. C’est à partir de là que la classe politique se remettait en ordre de bataille en perspective de l’échéance du printemps. Les formations politiques ont entamé dès lors la convocation de leurs structures de délibérations en vue de prendre une décision quant à la participation ou pas à ce rendez-vous électoral.
Et si du côté de l’opposition, on a pu enregistrer des partis qui ont vite tourné le dos à la présidentielle entre « boycott » et « rejet », chez les formations politiques de l’alliance de la majorité, composée du FLN-RND-TAJ-MPA, la machine semblait prête dès le départ. Il ne manquait alors que l’annonce de candidature du président sortant. Une annonce qui est intervenue dimanche dernier au lendemain du meeting organisé par l’ancien parti unique à Alger en présence notamment de l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal, désigné, directeur de campagne du candidat Bouteflika. Cette annonce de candidature, accompagnée d’un engagement de réformes profondes à enclencher juste après la présidentielle, si elle a été saluée par des partis de l’Alliance présidentielle, a suscité des réactions désapprobatrices de la part de certaines formations politiques.
Auparavant quelques partis politiques et autres personnalités ont fait part de leurs intentions de briguer la magistrature suprême, à l’image notamment du général-major à la retraite, Ali Ghediri, du chef du MSP, Abderrezak Makri, du président du Front El Moustakbal, Abdelaziz Belaid, qui revient pour une deuxième tentative. L’ancien candidat, arrivé à la 3e place en 2014, a dénoncé avant-hier, à partir de Sétif, des pressions que sa formation subit dans notamment la collecte des signatures, ce qui n’écarte pas la possibilité de renoncer à sa candidature.
Contrairement à M. Belaid, un autre candidat du scrutin de 2014, Ali Benflis continue de faire durer le suspense quant à sa participation. Le parti de l’ancien chef du gouvernement, qui, en dépit du retrait des formulaires de candidatures, n’a pas encore soldé ses hésitations et ses appréhensions. Le parti ne tranchera sa position qu’à l’occasion de la prochaine réunion de son Comité central prévue la fin du mois en cours, alors que les indiscrétions émanant de Talaie El Hourriyet indiquent la prédominance de l’option du boycott.
La même configuration est aussi de mise chez le PT qui semble plus que jamais inquiet par cette élection présidentielle qui ne le rassure point.
La convocation du corps électoral a donné, par ailleurs, lieu, à un spectacle de mauvais goût, qui a vu des candidatures burlesques pointer au siège du ministère de l’Intérieur pour un pathétique retrait des formulaires. Cette situation n’a pas manqué de faire réagir le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui a fait état de l’intention du gouvernement à revoir la réglementation régissant les candidatures à la candidature. En tout état de cause, le solde de cette opération sera connu début mars.
« Le dernier délai de dépôt des dossiers de candidature pour l’élection du président de la République est fixé au 3 mars 2019 à minuit », selon le Conseil constitutionnel présidé par Tayeb Belaiz en remplacement du défunt Mourad Medelci.
En attendant la date butoir du dépôt des dossiers de candidatures au niveau du Conseil constitutionnel qui validera les dossiers des prétendants, la scène politique continue à être rythmée par les sorties publiques des partisans de la « continuité » et d’autres postulants à la magistrature suprême, alors qu’une partie de l’opposition œuvre difficilement, sur initiative du Front de la justice et du développement (FJD), à la désignation d’« une candidature unique contre celle du pouvoir ».